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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/421

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Il ne restait donc plus, pour réaliser l’autonomie complète de l’Alsace-Lorraine, qu’à obtenir des corps législatifs de l’empire la délégation définitive des pouvoirs souverains, dans notre petit pays, à un prince de la maison impériale, ou, au pis-aller, à un autre prince allemand.

C’est évidemment cette solution que l’Allemagne proposera d’abord aux Alliés, quand elle sera contrainte de leur faire une première concession dans la question d’Alsace-Lorraine.


* * *

Voici maintenant pourquoi on ne saurait s’arrêter, même un instant, à cette solution bâtarde et hypocrite.

Et d’abord les Alsaciens-Lorrains n’ont aucune attache dynastique. De quel droit l’Allemagne leur imposerait-elle un souverain étranger ? A l’époque où, faute de mieux, nous demandions notre autonomie dans le cadre de la constitution de l’empire, nous exigions du même coup qu’on reconnût à la population de notre province le droit de choisir la forme du gouvernement et de désigner le chef de l’Etat. Nous faisions remarquer que déjà trois Etats allemands avaient une constitution républicaine : Hambourg, Brème et Lubeck, et que, dès lors, rien ne s’opposait en principe à ce que les provinces annexées adoptassent le même régime. Ces prétentions faisaient scandale ; mais elles n’en étaient pas moins justifiées.

Je ne suis pas éloigné d’admettre que, dans les circonstances actuelles et pour éviter la rétrocession de l’Alsace-Lorraine à la France, l’empire en viendra à céder même sur ce point. Il s’accommodera d’un pays d’empire républicain, plutôt que de renoncer définitivement à la possession de nos deux provinces.

Examinons, en effet, toutes les lignes de repli que la diplomatie allemande a, dès maintenant, préparées pour retarder, si possible, l’abandon d’un pays dont les richesses sont indispensables à sa prospérité :

1° L’Alsace-Lorraine Etat particulier, avec dynastie allemande.

2° L’Alsace-Lorraine républicaine, mais faisant encore partie de la Confédération germanique.

3° L’Alsace-Lorraine complètement indépendante, pays neutre, mais demeurant dans le Zollverein allemand.