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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/415

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du possible. Pour nous, la thèse était et restait la restauration du droit, indignement violé en 1871. Quant à l’hypothèse, c’était le fait accompli, auquel nous ne pouvions rien changer et dont nous devions tenir largement compte dans nos revendications immédiates.

Si on les avait régulièrement consultés, les Alsaciens-Lorrains auraient, dans leur écrasante majorité, répondu : « Nous voulons redevenir Français. » Comme on ne leur donnait pas l’occasion d’exprimer publiquement leurs sentimens intimes, ils n’avaient plus qu’une tactique à suivre : essayer d’obtenir, non point par des reniemens collectifs ou par des abdications personnelles, mais par l’affirmation de leurs droits, le maximum de libertés que comportait la situation qu’ils n’avaient pas créée.

Voici comment les autonomistes formulaient leur programme : « L’Alsace-Lorraine a été incorporée de force à l’empire allemand. Nous n’avons plus à juger le fait historique de l’annexion. Nos premiers représentans ont fait entendre une protestation dont rien n’est venu, depuis lors, infirmer la durable valeur. Cela posé, l’Empire, qui nous a fait violence, a des devoirs vis-à-vis de notre population. Il doit lui assurer toutes les libertés, tous les privilèges dont jouissent les autres groupemens nationaux de l’Allemagne. Nous demandons donc qu’on fasse de nos provinces un Etat autonome, qui fera partie de la Confédération germanique au même titre que la Bavière, la Saxe, la Hesse. Nous voulons nous gouverner nous-mêmes, comme se gouvernent les Mecklembourgeois, et les habitans de la République de Hambourg. A nous de voter notre Constitution et de choisir le régime sous lequel nous vivrons. Tant que nous serons gouvernés par Berlin, nous ne serons dans l’Empire que des citoyens de seconde classe. »

Et nous ajoutions : « Tout Allemand aime d’abord et exclusivement sa petite patrie. C’est parce que le pays particulier appartient à la Confédération germanique, que, sur ce patriotisme local, s’est greffé un patriotisme collectif. Vous nous demandez au contraire, à nous autres, Allemands par contrainte. de marquer notre attachement direct, sans échelon intermédiaire, à l’Empire. Nous devons être des unmittelbare Reichsdeutsche (des impériaux immédiats), alors que tous les autres confédérés ne connaissent, à proprement parler, que leur État d’origine. Donnez-nous donc d’abord une petite patrie, qui soit