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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/400

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ici que se fait l’Italie nouvelle, et le sacrifice de sa plus brillante jeunesse représente l’holocauste nécessaire à sa création [1]. » Borsi, enfin, oublie les fatigues de la guerre des Alpes, en songeant que la guerre développe parmi les jeunes gens de sa génération ce sentiment du devoir resté trop longtemps étranger à beaucoup d’entre eux. Ces citations, que l’on pourrait multiplier à l’infini, montrent que dans aucune armée européenne peut-être les préoccupations morales du lendemain ne se sont aussi étroitement mêlées aux passions nationales de l’heure présente.

Lorsqu’une guerre voulue se présente à la fois comme une entreprise d’agrandissement territorial, une nécessité d’indépendance future, une croisade pour le droit et une condition de renaissance intérieure, elle parait aux masses aussi justifiée que si elle était imposée par une agression du dehors, et elle réunit tous les avantages nécessaires pour enflammer les âmes d’élite. On trouve dans les lettres des volontaires italiens maintes traces de cet enthousiasme, exprimé parfois sur un ton de mysticisme lyrique : « A quoi bon, déclare le lieutenant Manzelli, déplorer la rudesse de notre existence quand nous la menons pour une cause aussi sainte ? La noblesse et la justice de notre guerre ne cessent d’être présentes à mes yeux dans la tranchée. » — « Crois-moi, écrit presque dans les mêmes termes un autre officier à sa mère, plus je réfléchis et plus je me persuade que notre guerre est la plus belle de toutes et la plus digne d’être combattue [2]. »

Cette exaltation belliqueuse semble avoir contribué à entretenir chez les combattans italiens une intarissable gaieté, qu’il convient de signaler comme un dernier trait caractéristique de leur physionomie. Ils n’ont pas connu, comme leurs camarades français, les amertumes de l’invasion ; aucun souvenir trop cruel ne vient voiler leur bonne humeur d’une teinte de mélancolie, ni donner à leur résolution un accent involontaire de gravité. Leurs lettres respirent une joie de vivre qui ne se dément pas au cours de la campagne, un entrain communicatif dont la contagion gagne même les natures les plus méditatives. « En quittant Florence, raconte l’austère Borsi lorsqu’il part pour le front, nous étions une cinquantaine de diables

  1. Pascazio, pp. 56, 150, 166 et 185.
  2. Azione du 13 février 1916 ; Borsi, p. 6.