Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/372

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


bien plus qu’on ne pourra lui remettre. Nous avons eu sur la ligne de Paris à Calais, pendant les hivers 1915-1916-1917, des périodes de circulation de trains à deux ou trois minutes d’intervalle sur certaines sections et avec la traction à vapeur. A fortiori, un intervalle de cinq à dix minutes sur le chemin de fer sous-marin sera très possible avec la traction électrique. On arriverait ainsi très aisément à une moyenne de 120 à 150 trains par jour dans chaque sens ; la capacité de la ligne ne sera pour ainsi dire limitée que par les voies d’accès et de dégagement qui aboutiront au tunnel et rien ne sera plus facile que de les aménager.

Quant à la charge des trains, on pourra faire aussi ce que l’on voudra : c’est une question de puissance des usines électriques qui seront installées de chaque côté du détroit [1]. On fait actuellement avec les locomotives à vapeur 1 000 et 1 200 tonnes.

Les observations qui précèdent donnent la mesure des services que pourra rendre le tunnel sous la Manche dans l’avenir, en même temps que des services presque incroyables qu’il aurait rendus pendant la guerre, car il est impossible de ne pas y songer et de n’en pas dire quelques mots.


I. — LE ROLE QU’AURAIT EU LE TUNNEL PENDANT LA GUERRE

Passons sous silence le rôle purement stratégique qu’aurait eu le tunnel, c’est-à-dire les conséquences qu’aurait pu avoir l’emploi de cette voie sous-marine sur le cours des opérations militaires. C’est affaire aux spécialistes et c’est d’ordre spéculatif. On ne peut cependant s’empêcher de penser à l’utilité qu’aurait eue cette communication, soit au moment de la concentration à Charleroi, soit pendant les quatre premiers mois des hostilités, lorsque les renforts de l’intrépide armée anglaise étaient attendus avec fièvre et que les hasards de la lutte imposaient aux opérations le caractère d’une improvisation constante, sur la Marne, sur l’Aisne, lors de la « course à la mer, » — où les forces en présence glissèrent vers le Nord, luttant de rapidité pour se déborder mutuellement, « crochet contre crochet, »

  1. On peut estimer qu’une puissance de 20 000 kilowaths pour chaque usine sera plus que suffisante. La Compagnie Parisienne de distribution d’Électricité dispose dans ses deux magnifiques usines d’une puissance de 75 000 kw pouvant être portée à 100 000 kw avec des turbos alternateurs de 10 000 kw.