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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/361

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peu complaisante, aux propos d’un vieux sacristain qui avait reçu avec les clés de l’église les noms des peintres auxquels on attribuait les tableaux : il les répétait tels qu’on les lui avait appris. « Malgré l’inexactitude de ces noms, l’âme des vieux tableaux, je le sentais, avait pénétré dans son âme. Et moi qui m’occupais de rechercher la provenance des tableaux, de les appeler de noms de peintres, au lieu de simplement les regarder et d’en jouir, et de laisser leur âme pénétrer dans la mienne ! » De ce jour, son parti fut pris, et désormais il s’occupa moins de rechercher la provenance des tableaux que d’en pénétrer l’âme et d’en jouir. Il a maintes fois protesté contre cette critique d’art que, sous prétexte de la rendre « scientifique, » on a vidée de tout ce qui devrait en faire l’intérêt. Ses trop savans adeptes s’inquiètent de l’origine du tableau et de sa date probable, des dimensions relatives de la tête et du corps, de la manière dont sont dessinés les doigts et les oreilles ; mais quant à reconnaître si ce tableau représente une naissance ou une mort, un miracle ou un martyre, c’est là une tâche qu’ils dédaignent. Ce sont les mêmes qui, dans le frivole et pédantesque jeu des attributions, tantôt retirent à un peintre tout ce qui nous était parvenu sous son nom, et tantôt mettent aux toiles les plus médiocres les noms les plus illustres : leur dogmatisme n’a d’égal que la fantaisie de leur arbitraire. Pour sa part, Wyzewa s’inquiète beaucoup de savoir ce que représente un tableau et, par delà ce qu’il représente, de découvrir ce qu’il signifie. Tout notre art chrétien, depuis les sculpteurs des portails romans jusqu’aux maîtres les plus libres de la Renaissance, ne s’explique que par la Légende dorée. Ce sont, j’imagine, les besoins de sa critique d’art qui ont amené Wyzewa à fréquenter si assidûment, l’œuvre du bienheureux Jacques de Voragine, au point qu’il la savait par cœur au moment où il entreprit d’en donner son exquise traduction : vraiment, il n’avait plus qu’à l’écrire. Et d’ailleurs, il ne méconnaissait pas l’importance de la technique ; mais il ne l’étudiait que comme un moyen pour dégager et goûter plus pleinement la « pure beauté » de l’œuvre d’art.

Car, sujets et procédés n’importent guère. Ou, pour mieux dire, ce ne sont pour l’artiste que les occasions de manifester son âme et de réaliser son rêve. Une des idées auxquelles revient le plus souvent Wyzewa est que les génies imitateurs sont aussi bien les plus grands génies. Comme il le remarque