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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/354

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ni belles ni bonnes. Depuis que le culte de la science s’est répandu, c’est un fait que la laideur envahit le monde et que les âmes se font plus dures. À l’idéal d’une génération qui ne croyait qu’à la Science, et se payait de ses apparences, Wyzewa substitue un idéal d’Art. Cette recherche de la beauté, à travers l’art et la littérature, ce sera son constant et unique souci.

Il poursuivra cette expression du beau sous toutes ses formes : toutes les littératures, tous les arts l’attirent également. Il n’est pas de ceux pour qui n’existe que le monde des idées : le monde extérieur existe pour lui, la fête des couleurs et des sons. Il ne s’enferme ni dans une spécialité, ni dans une théorie : il est le moins exclusif et le moins dogmatique des hommes. Une anecdote qu’il se plaisait à conter nous renseigne à ce sujet. Ayant rencontré un jeune privat docent allemand qui avait composé une bonne thèse sur l’Architecture extérieure de la cathédrale de Constance, Wyzewa crut pouvoir lui demander quel était, à son avis, l’auteur de la tragique Mise au tombeau de pierre qui est une des gloires de cette église : le jeune pédant lui répondit, de la façon la plus naturelle du monde, que, n’ayant eu à s’occuper que de l’extérieur de la cathédrale, jamais il n’avait jugé nécessaire d’entrer à l’intérieur. C’est bien d’Allemagne, en effet, que nous est venue cette manie de la spécialisation qui, pendant ces derniers vingt ans, avait envahi et faussé la science française. Wyzewa n’a cessé de réclamer contre elle et de protester par son exemple. — De même, il répugne aux systèmes, formules, idées a priori, qui déforment la réalité au lieu d’en suivre docilement les contours. C’est le reproche qu’il adresse à la méthode critique de Taine dont il est un admirateur, non un disciple. Il se le représente comme un de ces « bénédictins du moyen âge... occupés à bâtir du fond de leurs cellules quelque vain et prodigieux édifice, des Sommes où toute la philosophie humaine et divine se déduisait d’un unique principe. » Entre l’œuvre et nous, rien ne doit s’opposer qui nous empêche d’en recevoir directement l’émotion. Ce qui importe, c’est d’en jouir, non pas de la juger, ni même de la comprendre. « Il me semble que les œuvres d’art ne sont point faites pour être jugées, mais pour être aimées, pour plaire, pour distraire des soucis de la vie réelle. » Et encore : « Peut-être ne faut-il pas trop aimer les grands hommes si l’on veut les bien comprendre ; mais, en vérité, les com-