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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/318

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cavalier, et, pour le simple piéton, un gros battant de cuivre, introduit dans un vestibule au fond duquel est pratiquée, comme dans l’antique maison romaine, une niche, avec son banc pour loger, la nuit, un esclave. On tourne dans ce vestibule, et l’on se trouve au cœur de la maison, dans une charmante cour carrée, un patio ouvert sur le ciel.

Un petit cloitre, des colonnes, un balcon et sa balustrade d’un bleu rustique et passé, des fenêtres en coquilles, de hautes portes qui ferment les chambres, de hauts portails plutôt, dans lesquelles sont découpées, pour la commodité, des entrées plus petites en forme d’arcs surbaissés, d’autres colonnes sur le cloître reliées entre elles par des arcs ajourés… Mais c’est un palais ! direz-vous. Non, c’est une très simple demeure, une modeste maison arabe ; et les mots sont bien maladroits qui donnent à tout cela un faux air d’opulence. Les colonnes ne sont que des briques recouvertes de plâtre, et les arabesques des stucs, les palmettes à deux branches et les pommes de pin s’effacent sous la chaux dont les ménagères les recouvrent depuis je ne sais combien d’années. Les hautes portes ne sont pas peintes de vert amande, de bleu turquoise ou de violet aubergine, mais d’un simple badigeon bleu délavé par les pluies d’hiver. On n’y voit point ces beaux plafonds de cèdre, aux incrustations de nacre, qui font la gloire des riches demeures musulmanes. Pas de jet d’eau non plus dans la cour : rien qu’un puits à l’angle d’un mur. Et le pavé de mosaïque n’a pas de beaux dessins compliqués.

Et pourtant, oui, c’est un palais, si on appelle ainsi un séjour où tout est fait pour le secret d’une vie singulière et pour le plaisir des yeux. Dès que la porte s’est refermée sur la rue et qu’on a mis le pied dans cette cour, pour laquelle la maison a réservé toutes ses grâces, on a l’impression délicieuse le laisser la vie derrière soi, d’entrer dans un nouveau royaume de silence, d’oubli, de solitude et de fraîcheur. Impossible d’imaginer, pour les heures brûlantes du jour, un endroit plus agréable que ces hautes chambres nues, larges à peine de trois ou quatre pas, mais invraisemblablement longues, et si gracieusement ornées de portiques en plâtre ajouré qui forment à chaque extrémité deux alcôves en ogive. Par terre, sur le dallage de brique, des nattes, des tapis, des matelas couverts de mousseline, qui courent comme un sofa le long de