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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/308

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vingt-deux ans après nos désastres de 1870, un appel à ses compatriotes pour raviver chez eux les sentimens français et les exhorter à ne pas désespérer de la France, leur patrie.

Sa brochure (28 pages) est intitulée : Lettre aux Sarre-Louisiens, 1892, et datée de Trois-Rivières (Canada), où Balcer remplissait alors les fonctions de vice-consul de France. Voici ce qu’il écrit à ses compatriotes (nous respectons le style) :

« J’aime à croire que ces feuilles parviendront à l’adresse d’un Sarre-Louisien, d’un enfant du terroir qui, descendant de cette vieille race gauloise, — qui pendant des siècles eut l’honneur d’être la sentinelle avancée de la Patrie, — a su conserver intactes les traditions de nos pères et ne pas perdre l’espoir de voir, un jour, la terre natale faire retour à la France.

« Si vous faites partie du contingent privilégié qui a su trouver, au milieu des « Nôtres, » sinon l’oubli des angoisses patriotiques de ceux qui sont demeurés à la garde des Pénates, du moins le légitime orgueil d’avoir conservé votre qualité de Français, — je m’adresse à l’Equité, à l’esprit de Justice.

« Si vous êtes de ceux qui, moins heureux que les autres, ont du fuir devant la marée montante du germanisme et chercher aux quatre coins de l’Univers d’autres cieux et une autre patrie, — j’en appelle au cœur, — sachant fort bien que les entrailles tressailliront au souvenir de la vieille Patrie absente, à la voix qui évêque les bouffées de chaleur du jeune âge, la mémoire de ceux qui ne sont plus, les croyances tenaces de glorieux trépassés, l’ambition légitime et les espérances indélébiles, de plus en plus sacrées, des vivans.

«… Je sens que mon appel ne sera pas vain, car ceux-là surtout qui ont connu les douleurs de l’exil savent apprécier ce que contient de magique ce mot de Patrie !

« A tous, me faisant l’écho du berceau, s’adresse la prière de rappeler le passé, d’examiner le présent, de songer à l’avenir.

« Le Passé de Sarreloujs, c’est notre patrimoine, à nous : un souvenir de gloire et d’attachement inébranlable.

« Le Présent, c’est la lutte contre l’étranger, l’opiniâtre résistance contre l’envahisseur.

« Demain sera la résurrection, le grand jour de la délivrance. Car, en vérité je vous le dis : l’heure de la justice immanente, dont parlait le grand Patriote (Gambetta), va sonner. Les temps sont proches !