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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/288

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prêche aux huguenots. Le curé et le ministre vivent en une parfaite intelligence, l’un. avec l’autre. Le dimanche, les catholiques entendent la messe depuis huit heures du matin jusqu’à dix heures. Et, à dix heures, les catholiques sortent pour faire place aux huguenots, s’entre-saluant les uns et les autres fort civilement. Et dans la même chaire où le curé a prêché aux catholiques, le ministre prêche ensuite aux huguenots, qui n’ont néanmoins que la nef, le chœur où est l’autel étant propre aux seuls catholiques. Et lorsqu’un dimanche les catholiques sont entrés à l’église à huit heures, le dimanche suivant ils n’entrent qu’à dix heures. Enfin, il s’observe une si parfaite égalité entre eux qu’ayant été traité par le curé, le ministre me vint prier de dîner aussi chez lui, faisant ainsi toutes choses chacun à son tour.


Cette harmonie parfaite entre catholiques et huguenots, dans le pays lorrain, en pleine guerre de Trente Ans, au lendemain de la mort de Richelieu, est un trait de sagesse assez rare pour être signalé au passage.

Dans ses Instructions, Vauban ordonne d’abattre les vieux remparts de Vaudrevange pour en employer les matériaux à la construction de Sarrelouis ; il calcule que Vaudrevange compte de 110 à 120 feux, et il ajoute : « Il faudra transporter une partie des habitans dans la nouvelle ville, leur accordant quelques franchises. » Vauban propose de procéder de la même façon pour d’autres localités : « Il faut rechercher en cela les expédiens les plus probables et les mieux avenans, pour ce dessein, qui sont, de mon avis, de soulager les peuples qui y restent et de leur accorder des exemptions pour douze ou quinze années. »

Au moment de la création de Sarrelouis, Vaudrevange, qui ne s’était pas relevée de ses ruines, comptait à peine le tiers de sa population d’avant la guerre. On proposa aux habitans de les indemniser de leurs pertes, en leur offrant des maisons neuves et confortables et des jardins ; on les exempta d’impôts pour une longue période d’années ; les marchands qui vinrent s’installer dans la nouvelle ville eurent des franchises particulières : ainsi se faisaient déjà les fondations de villes dans l’antiquité, et les « villes neuves » au Moyen âge.

Dès 1681, Louis XIV accorde des lettres de naturalité aux étrangers qui viendront habiter Sarrelouis et y bâtir des maisons : ces lettres sont délivrées « à tous les estrangers qui