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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/285

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années ; la création de toutes pièces de la ville de Sarrelouis y fut comprise.

Dès 1634, pendant la guerre de Trente Ans, alors que le pays mosellan était occupé par les armées françaises, Richelieu s’était arrêté au projet de bâtir dans l’Électorat de Trêves des forteresses destinées à arrêter l’ennemi sur la Sarre et la Moselle. La suite des événemens militaires fit ajourner ce dessein, et le traité de Munster, en 1648, en nous confirmant la possession des Trois-Évêchés et nous donnant l’Alsace, rendit moins urgente la création de places avancées sur le front du Palatinat. Mais les annexions nouvelles effectuées par Louis XIV, en vertu d’une interprétation très ample et assez inattendue du traité de Nimègue, en mécontentant l’Empereur et le duc de Lorraine, ramenèrent la question sur le tapis, dans les conseils du Roi.

Un élève de Vauban, le lieutenant général et ingénieur Thomas de Choisy, marquis de Moigneville, fut chargé d’aller déterminer le point de la vallée de la Sarre moyenne, où pouvait être construite une nouvelle forteresse. Le Roi le nomma immédiatement gouverneur de la ville à naître.

On lit dans la Gazette du 20 janvier 1680 :


De Metz, le 11 janvier 1680.

« On travaille à faire une place considérable sur la Saar, à Sarloutre, auprès de Vaudrevange. On la nommera Sar-Louis ; et le Roi en a donné le gouvernement au sieur de Choisy, gouverneur de la citadelle de Cambray et commandant de Thionville. »

Thomas de Choisy devait mourir à Sarrelouis trente ans plus tard, le 26 février 1710, à l’âge de 78 ans, vénéré de tous, dans la joie d’avoir vu son œuvre se développer autour de lui et s’épanouir comme par enchantement.

Le vaste terrain où allait s’édifier la nouvelle ville, sur la rive gauche de la Sarre, était occupé par un-bois, des marécages, des prairies et quelques champs en culture que possédaient les riches abbayes voisines de Wadgasse et de Fraulautern ou Lautern, nom altéré dans la Gazette en « Sarloutre » (Sar-lautre, Sarlautern, Frau-Sarlautern) ; il y avait aussi des champs, qui appartenaient aux habitans de la vieille ville voisine de Vaudrevange (Wallerfangen). Les propriétaires expropriés furent convenablement indemnisés après une expertise amiable.