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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/284

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d’agression contre la France, il conserve toujours, dans la bourgeoisie de ses villes et dans ses campagnes agricoles, un noyau irréductible de familles qui se sont, en véritable aristocratie terrienne, attachées à leur, tradition ancestrale et au culte du souvenir français.

C’est que rien, ni le temps ni le maître d’école, ni l’histoire travestie, ni la coercition administrative, la plus vile de toutes, ne saurait prévaloir contre cette vérité historique : cette contrée est d’origine gauloise, gallo-romaine, franque et française ; bourgeois et paysans y sont demeurés ces Lorrains au caractère sévère et tenace, durs à la besogne, silencieux, mais fermes et résolus, aux robustes épaules, à la physionomie militaire qui fait songer au type que nous nous faisons du légionnaire romain. Les Allemands ne sont venus d’outre-Rhin dans ce pays qu’en envahisseurs étrangers, jadis en seigneurs féodaux, en pillards, en « pandours et schnapans ; » à présent, en fournisseurs des garnisons, en exploiteurs du soldat, en fonctionnaires arrogans et rigides, en ouvriers d’usines. Chez eux, les deux langues, le français et l’allemand, se rencontrent et se côtoient, comme dans le Luxembourg, pays voisin et de même race. Ce sont toujours les Lotfiaringii bilingues, comme on disait au Moyen âge, au temps de Godefroi de Bouillon qui fut choisi pour chef de la première Croisade parce qu’il parlait les deux idiomes. Ils n’ont rien qui les rapproche du Prussien, ni le sang, ni les traditions, ni l’histoire, ni les habitudes et les mœurs, en dépit du nom de Prusse rhénane qui, par une impudente métathèse géographique, fut imposé à leur pays, mais seulement après les traités de 1815.

Sarrelouis fut fondée par Louis XIV, dont elle porte le nom, par application du traité de Nimègue en 1678. Après avoir fait décréter par la Chambre de réunion du Parlement de Metz, l’annexion à la Couronne de plusieurs fiefs de la région de la Sarre et de la Blies, qui jadis avaient relevé des Trois-Evêchés, Metz, Toul et Verdun, Louis XIV sentit la nécessité d’entourer la France d’une ceinture de forteresses destinées à protéger nos frontières contre les agressions projetées des nombreux ennemis que le développement de sa puissance lui avait suscités. Cette œuvre gigantesque, confiée au génie de Vauban, fut appelée modestement, pour ne point trop attirer l’attention, le Règlement des places fortes de la frontière. Les travaux durèrent vingt