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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/235

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belligérans des propositions concrètes de paix. » Le mot est écrit: « des propositions concrètes. »

Là-dessus, il serait permis de remarquer que des « propositions de paix » ne peuvent être faites que par ceux qui font la guerre, et que d’ailleurs elles pourraient l’être, ainsi que la note pontificale a été transmise, directement ou indirectement. Cette observation conduirait à poser la question des motifs et des origines de ce que nous appellerons, pour être bref, espérant qu’on nous comprendra, des « circonstances » du document, de ses « circonstances, » c’est-à-dire de tout ce qu’il y aurait eu autour, derrière et dessous. Mais, pour nous, cette question ne se pose pas. Ou du moins elle ne se pose pas comme certains ont pris la liberté de la poser, nous voulons croire que le Pape n’a obéi qu’à ses voix intérieures, qu’il ne s’est mû que de son propre mouvement, qu’il ne s’est fait l’agent, le mandataire, le commissionnaire de personne : à un tel rôle, il sait trop qu’il risquerait de perdre, outre sa dignité compromise, beaucoup plus que sa prééminence. Ce qu’il présente aux Alliés n’est pas, par conséquent, le sommaire des propositions de l’Europe centrale, que soit l’Allemagne, soit même l’Autriche-Hongrie, auraient immédiatement formulé et nous communiqueraient par son intermédiaire. Seulement, tous les chemins mènent à Rome; ou plutôt, et c’est fâcheux, tous les chemins n’y mènent plus ; Rome ne voit plus guère venir que les mêmes pèlerins par les mêmes chemins; et le Vatican, près de Saint-Pierre, a beau être au centre de toutes les églises de la chrétienté, on n’y entend plus guère qu’une cloche. Quiconque a eu, dans les trois dernières années, l’occasion de s’en approcher est en mesure de témoigner de l’indiscrétion des uns, de l’effacement des autres, n’a pas manqué de sentir à quel point le Pape en a été troublé, et en quelque sorte effrayé. « Pourquoi, lui est-il arrivé de dire, me laissez-vous seul avec vos ennemis ? » Nous nous souvenons des jours de janvier et de février 1915, alors que, l’Italie n’ayant pas encore rompu avec les Empires, l’Autriche avait son ambassadeur et la Prusse son ministre près du Saint-Siège: chaque soir, après l’Ave Maria, sous le moindre prétexte et sans aucun prétexte, ils assiégeaient la porte du secrétaire d’État, tandis que M. de Stockhammer, confident de M. de Bülow, entreprenait, à table, les capucins, et que M. Erzberger, — déjà! — bourdonnait aux oreilles de la garde suisse. Mais quiconque aussi connaît Rome se rappelle que le Vatican a plusieurs étages; que les bruits d’en bas s’évanouissent, et que les intrigues se perdent dans les onze mille chambres, avant d’arriver à la Chambre unique; celle où s’allume la