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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/223

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routiniers des chancelleries et la race des médiocres, c’est tout un. Les poètes romantiques ont eu confiance dans leur génie.

M. Louis Barthou n’est pas de ceux qui, dans la politique, les traitent comme des intrus. C’est que d’abord il aime les poètes. Sans doute aime-t-il également la politique et souhaite-t-il de la recommander en la montrant compatible avec la poésie. La politique d’autrefois, peut-être ? Il nous engage à ne pas nous figurer que la politique ait dégénéré sensiblement. Avec beaucoup de discrétion, sur le bas d’une page, en note, il nous prie de méditer quelques lignes de Mme de Girardin, quelques lignes du mois de mars 1837. Il y a quatre-vingts ans, la Chambre discutait la loi dite de disjonction, touchant l’affaire de Strasbourg. Mme de Girardin ne prétend pas décider s’il convient qu’on sépare en deux groupes les accusés civils et militaires ; mais elle a vu les représentans du pays, à la séance, qui « sautaient sur les bancs, comme des révoltés de collège ; » elle a vu « ces législateurs jetant leur chapeau en l’air comme les lazzaroni du troisième acte de la Muette, criant bravo comme des claqueurs et s’embrassant entre eux avec folie comme des convives qui ont le vin tendre. » Elle s’écrie : « Comment se fait-il que depuis vingt ans l’éducation parlementaire n’ait pas fait plus de progrès ? » M. Louis Barthou ne le dit pas et dit seulement qu’avant de conclure à « la décadence des mœurs parlementaires, » il faut examiner les mœurs parlementaires d’autrefois. Bref, le problème de la politique et de la poésie se posait pour Lamartine à peu près comme il se poserait de nos jours, si nous avions un Lamartine, car nous avons les politiciens.

Le Lamartine orateur, de M. Louis Barthou, est un ouvrage de grand mérite, auquel je crois qu’on aurait pu donner plus de vie et, pour ainsi parler, plus de gaieté, plus de fougue et, si l’on veut, plus de flamme, enfin cette alacrité qu’il y a dans tout ce qui est de Lamartine, dans sa poésie ou dans sa politique, dans sa personne même. C’était du reste plus facile que de mener à bien l’œuvre que M. Louis Barthou a préférée, l’œuvre d’un historien véritable et qui ne confond pas Clio, la muse grave de l’histoire, avec ses sœurs frivoles. Il a réuni tous les documens ; il en a découvert beaucoup de très importans et précieux : il a, sur quelques points, renouvelé le sujet. Principalement, il a interprété son personnage avec une intelligente et parfaite équité. Il excelle à exposer les affaires au milieu desquelles Lamartine avait à prendre ses résolutions : toutes sortes d’affaires, les plus vastes et les plus menues, celles qui devaient modifier l’aspect de l’univers et celles qui n’aboutissaient qu’à des séances orageuses.