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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/221

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REVUE LITTÉRAIRE

L’éloquence de Lamartine[1]


« La France s’est oubliée à cette folie de prendre un jour pour colonel le principal musicien du régiment. » C’est ainsi que Louis Veuillot résume l’activité politique de Lamartine. Cette formule, qui renvoie le poète à sa lyre, écarte aussi tous les poètes et, en somme, nous avertit de ne pas croire que le gouvernement de la cité soit une poésie. Hélas !… Et lui, Lamartine, s’est débattu contre ce jugement. Veuillot n’était pas le seul qui le priât de ne pas se commettre avec les gens du métier politique et, en outre, qui le priât de ne pas aventurer la cité avec ses belles rêveries. Pendant bien des années, il ne put empêcher les partis de lui crier au poète, chaque fois qu’il prononçait un discours. Il avait, dans un monde si indulgent pour le passé des orateurs, un impardonnable péché, les Méditations. Et Mme de Girardin, sous le nom du vicomte de Launay, le défendait avec autant d’esprit que d’amitié : « Est-ce que c’est bien spirituel d’appeler toujours un homme politique du nom de sa profession ? Si l’on en faisait autant pour vous autres, messieurs, que diriez-vous ?… Pourquoi reprochez-vous à M. de Lamartine d’être un poète et pourquoi ne voulez-vous pas qu’un poète fasse de bonne politique, puisque vous en faites bien, vous autres, de la politique, vous qui êtes des marchands de bois retirés, des bonnetiers découragés, des apothicaires désenchantés ?… » C’est vrai ! et de quel droit refusez-vous au poète le talent que vous accordez à l’apothicaire, au marchand de bois, au

  1. Lamartine orateur, par Louis Barthou (Hachette).