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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/218

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Henri II l’envoyait au Piémont commander les gens de pied sous le maréchal de Brissac. Monluc, à peine arrivé, tient à faire voir qu’il ne s’est pas rouillé pendant son congé : il emprunte à Monsieur d’Aumale un petit cheval gris et va en plein jour reconnaître la position ennemie dont il s’avance à cinquante pas, « car je leur voulais montrer que, pour avoir vu ma femme, je n’avais rien oublié de ce que je soûlais faire. »

On ne s’attendrait pas à voir le rude guerrier qu’est Monluc attacher une grande importance à la recherche de sa table. Beaucoup des capitaines qui le suivaient dans les camisades et les assauts devaient penser que ce Gascon se nourrissait de quelque maigre ragoût à saveur méridionale. Il n’en était rien. Monluc avait le meilleur vivandier de l’armée et sa popote était la mieux tenue après celle du duc de Guise. Le récit du dîner qu’il donna dans sa tente a ce dernier et au duc Jean-Guillaume de Saxe est une joyeuse page des Commentaires.

L’armée du duc de Guise ayant fait, après la prise de Thionville (juin 1558) quelques démonstrations sur le Luxembourg, vint au repos en Picardie. Le duc établit son quartier le 28 juillet à Pierrepont. Le roi Henri II, ayant manifesté le désir de passer les troupes en revue, vint loger au château de Marchais chez le cardinal de Lorraine. L’armée d’alors n’avait rien d’une armée nationale : à côté des dix-huit enseignes françaises de Monluc, on voyait les sept enseignes de reitres du duc Jean-Guillaume de Saxe et les six enseignes de gens de pied de Jacob d’Augsbourg, sans compter les Suisses commandés par Guillaume Frohlich. Le 8 août au matin, par une chaleur torride, les troupes quittent leurs cantonnemens et viennent se masser pour la revue ; Les maréchaux de camp Bordillon et Tavannes sont sur le terrain, indiquant à chaque fraction son emplacement. A huit heures, l’armée rangée en bataille s’étend sur une longueur d’une lieue et demie. Sous un soleil de plomb, le duc de Guise passe devant le front des troupes pour les inspecter avant de les présenter au Roi ; il arrive devant les enseignes de Monluc


Et passant M. de Guise devant notre bataillon, il dit : « Plût à Dieu qu’il y eût ici quelque bon compagnon qui eût un flacon de vin et du pain, pour boire un coup, car je n’aurai pas le temps d’aller à Pierrepont dîner avant que le Roi soit arrivé. » Je lui dis : « Monsieur, voulez-vous venir dîner avec moi à mes tentes ? Je vous donnerai du fort bon vin français et gascon et force perdreaux. » Alors, il me