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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/197

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que chacun accepta d’enthousiasme. Tous et toutes se montrèrent enchantés de pouvoir enfin reprendre leurs fonctions et de collaborer à une œuvre qui leur semblait d’une utilité incontestable. Il fut procédé de même dans la suite et aucune désignation ne fut faite d’office. Bien mieux, il arriva que, pour certaines écoles, les dernières ouvertes notamment, ce furent les maîtres eux-mêmes qui en demandèrent la réouverture. Ainsi donc notre personnel enseignant — composé de maîtres âgés et d’institutrices — n’y demeura que par devoir et sans aucune contrainte : il ne compta jamais que des volontaires.

En juillet 1915, il y avait à Reims : 20 institutrices et 4 instituteurs ; dès novembre suivant, le personnel comptait : 25 institutrices et 7 instituteurs et, en mars 1916 : 29 institutrices et 7 instituteurs.

L’attitude de ces maîtres, les exemples de courage et de sang-froid que certains ont donnés, notamment en traversant deux fois par jour, pour se rendre à leur école, la ville bombardée à des heures très variables, ont été du plus heureux effet, non seulement sur les élèves mais aussi sur la population en majorité besogneuse, qui, ne pouvant — ou ne voulant — quitter la ville, trouva dans cette attitude un réconfort et un encouragement à supporter la terrible existence que lui faisait l’ennemi.


A L’ECOLE JOFFRE

L’existence de l’école « Joffre » première manière, fut courte et, cependant, combien mouvementée I On en jugera par ces extraits du « journal » de Mlle Philippe, la directrice :

18 février 1915. — Ce matin on répare la rue. Pendant la soirée d’hier le bombardement a repris et le mur du cimetière présente aujourd’hui une large plaie béante.

19. — Décidément, le quartier est particulièrement visé. Cinq personnes ont été tuées pendant l’après-midi d’hier, dans cette même rue si maltraitée depuis deux jours. Je frôle, en me rendant en classe, de larges flaques de sang : le mur du cimetière est aussi taché de sang et maculé de fragmens de cervelle humaine !… Je m’attendais un peu à un triste spectacle ; d’avance, j’avais bandé mes nerfs ; cependant, cela dépasse tout ce que j’avais supposé ! Mesdemoiselles Charpentier et Schmidt, mes collaboratrices, arrivent bientôt toutes bouleversées par