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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/171

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s’insèrent d’autres momens, où l’âme détendue se relâche jusqu’à paraître guenille par l’attitude et les paroles. Un jeune soldat, légèrement blessé, reçoit à l’hôpital la médaille militaire, la croix de guerre et la médaille du Monténégro avec la citation suivante à l’ordre de l’armée : « Vaillant soldat, toujours volontaire pour les missions les plus périlleuses. Le 25 mai 1916, dans, une attaque ennemie, a, sous les yeux de son officier, abattu douze Allemands et démonté une mitrailleuse après avoir tué le servant et l’officier. » Notre hôpital fêta cette citation comme il en a l’habitude. Le soir, le héros faisait à son infirmière-major des confidences qui montraient un homme sorti de son armure avec une véritable horreur de la bataille, ne pensant plus qu’à sa montagne et son troupeau, doux berger de Virgile, lui naguère si rude combattant dans les trous d’obus de Douaumont. Au front où il repart, l’héroïsme l’aura vite repris. A la campagne aussi, comme ailleurs, on agit souvent beaucoup mieux qu’on ne parle.


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Dans cet immense effort, les femmes tiennent le premier rang avec honneur et un entrain qui est beauté. Il faut leur rendre justice et hommage. Sur quinze maisons qui se défendent énergiquement, dix le doivent à la vaillance des femmes. Ce n’est pas que les hommes d’âge ne travaillent beaucoup, d’ailleurs conseillers sages, dont les avis sont recherchés, mais l’apaisement des années, sous la tristesse de certains jours, les incline parfois à l’indifférence. Les femmes, plus jeunes, avec le souci du lendemain et surtout des enfans, le mordant de leur sexe, une sorte de diable au corps, ont beaucoup plus d’énergie. Certains observateurs superficiels parlent trop légèrement d’elles. On fait état de défaillances et de déchéances, qui n’avaient pas attendu la guerre, les unes pour se produire, les autres pour s’annoncer. Et si la guerre en peut réclamer sa part, faut-il s’en étonner ? La réalité profonde de la guerre est avant tout désordre et anarchie. Faut-il s’étonner que les mœurs s’en ressentent ? De tout temps, les historiens ont noté la répercussion. Il y a certainement moins de mal à la campagne qu’à la ville. Peut-être d’ailleurs que, quand on pourra porter sur les événemens actuels un jugement d’ensemble, et considérer l’ascension de l’âme française, du point de départ