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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/164

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simplement : « Nous sommes à la tête de la compagnie des pompiers, les premiers au danger quand le tocsin sonne. Le danger n’est-il pas partout où le champ menace de nous refuser le pain qu’il nous donnait ? »

D’autres citations à l’ordre du jour de la terre méritent d’être faites. Un curé, chaque dimanche de l’été dernier, disait du haut de la chaire : « Je prie les familles embarrassées de venir s’inscrire à la sacristie. J’offre mes bras de sept heures du matin à midi et de deux heures à la nuit. » Et chaque jour, il partait, sans accepter, quoique très pauvre, aucune rétribution, même celle de la nourriture. Un autre, dont le bien paternel est sur la limite de sa paroisse, est allé trouver ses neveux, enfans désemparés par le départ de leur père. « Dès aujourd’hui, leur a-t-il dit, je prends ici la place de votre père, qui était avant celle du mien. Du lundi matin au samedi soir, je dirigerai l’étable où nous maintiendrons le troupeau, et les guérets ou nous jetterons la semence accoutumée. » Un instituteur, pendant les vacances, a suivi la batteuse dans toute la commune ; un autre a sulfaté les vignes de ses voisins qui, sans lui, perdaient leur récolte.

D’ailleurs, la vieille entr’aide paysanne, qui remonte aux longs jours sombres d’autrefois, aux temps « de grande pitié, » a joué sous bien des formes, parfois les plus touchantes. La solidarité n’est pas une conquête moderne de notre raison, mais une donnée première de l’instinct de vie, et sur ce point il y aurait beaucoup à dire : les malheurs publics la mettent en branle en provoquant l’élan fraternel qui les adoucit. Une paysanne, ne sachant ni ne pouvant labourer, a fait les lessives de ses voisines qui tiennent sa terre en ordre. Dans une commune, aux semences dernières, — c’est le maire qui parle, — toute femme seule, restée en retard, a vu des équipes volontaires de voisins arriver sur son champ avec les attelages. Ceux-là seuls n’ont pas trouvé d’appui qui se sont eux-mêmes abandonnés.

La bourgeoisie rurale s’est montrée à la hauteur des circonstances. Pour maintenir sur le domaine le cadre ancien du travail, elle accepte ou s’impose discrètement des sacrifices fort durs, surtout dans les pays où, par suite de la crise de main-d’œuvre, les fortunes terriennes avaient vu, peu à peu, leurs réserves s’épuiser. Nombreux sont les bourgeois qui