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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/162

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L’ingéniosité n’a pas été moindre. On a modifié les assolemens, diminué les plantes sarclées, simplifié les procédés. Les machines ont été largement mises à contribution : on a multiplié celles qui étaient déjà employées, faucheuses, faneuses, lieuses. La lieuse a rendu d’incomparables services. La vieille charrue, presque seule en usage ici, est peu à peu remplacée par la brabant, qui laboure toute seule, c’est-à-dire sans l’appui de la main sur le mancheron. Les femmes ont du goût pour cette dernière avec qui la faiblesse et l’inexpérience de leurs bras ne comptent guère. On recherche les herses perfectionnées, les cultivateurs de tous modèles, les charrues vigneronnes qui, tout en labourant l’interligne, abattent le « cavaillon. »

Telle sole pour le blé qui se préparait par quatre labours n’en recevra plus qu’un, suivi du travail des cultivateurs et des herses, chargés de maintenir le guéret propre et meuble. Dans les battaisons, les hommes valides et adroits ont été réservés pour établir la meule de paille, où il faut du soin et de l’habileté : tout le reste a été fait par les femmes et les enfans. Le grain était recueilli dans des sacs qu’on ne remplissait qu’à moitié. Les femmes sont montées sur les gerbières et les batteurs. J’en voyais six, cet été, qui du matin au soir jetèrent des gerbes au rythme pressé du moteur, et l’agilité de leurs silhouettes m’aurait paru presque amusante si trois d’entre elles, hélas ! n’eussent été tout de noir habillées.

D’être ingénieux ne suffirait pas si l’on n’y joignait de la patience, de l’adresse, de la fermeté, beaucoup de doigté pour tirer parti d’une main-d’œuvre de fortune qu’on est bien obligé d’employer : domestiques dont personne ne voulait, journaliers vieux et ivrognes, ouvriers de passage et laboureurs fort imprécis, étrangers surtout, ici tous Espagnols.

L’appoint espagnol a été fort précieux. Il aurait pu l’être bien davantage si depuis longtemps on avait envisagé l’immigration espagnole en Gascogne avec l’ampleur et l’esprit que mérite cette grave question. Il y a dans chacun de nos bourgs une petite colonie espagnole, établie depuis longtemps, sans cesse entretenue par l’apport d’élémens nouveaux qui remplacent ceux que la population autochtone incorpore. Les fluctuations de ce mouvement ont suivi les événemens politiques et économiques qui se sont produits des deux côtés des Pyrénées