Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/150

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sont, l’un, la Visite impériale à Ohara (Ohara go hô) l’autre le Tambourin de damas (Aya ne tsuzumi.)

La Visite impériale à Ohara, dont le sujet est emprunté au fameux roman du XIIe siècle, le « Heike Monogatari » (roman de la famille des Taira), est la mise en scène, sans aucun mélange de merveilleux, sans intervention de divinités ni d’esprits, mais sous l’inspiration de la doctrine bouddhiste et de la résignation monastique, d’un épisode réel, la visite faite par l’ex-Empereur moine, de la dynastie des Taira, l’empereur Go-Shirakava, au petit temple et couvent de Jakhô-in, où s’était retirée, après la défaite définitive des Taira, sa belle-fille, l’ex-impératrice douairière Kenrei-monin, devenue désormais, depuis qu’elle a pris l’habit religieux, la Nyôin. — La Nyôin vit dans la solitude, avec deux suivantes qui partagent avec elle ses austérités :

En ce recoin des montagnes, la solitude a bien des tristesses ;
Pourtant, bien plus qu’au milieu des tribulations du monde,
Il est doux d’habiter ici, derrière cette porte de rameaux tressés.
De la région de la capitale les bruits ont loin à venir
Jusqu’à cette haie claire de bambous et de branches.
Triste, à ces colonnes de bambous aux nœuds pressés
Appuyée, je m’absorbe en mes pensées, pourtant
Je suis dans la paix, car nul œil humain ne me voit.

Elle se compare au prince hindou Siddhârta qui abandonna la capitale du roi Çuddhodana pour parcourir les sentiers abrupts du mont Dantaloka, y cueillant l’herbe, y puisant l’eau, y ramassant le bois.

Le jour où l’Empereur-moine vient lui rendre visite, la Nyôin est allée cueillir des fleurs sur la montagne. Elle rentre, portant des fleurs dans une corbeille, et tenant son rosaire à la main. — L’Empereur lui dit son admiration pour ses vertus et parce qu’elle a pu, de ses yeux, comme un Bouddha, contempler le spectacle des six voies entre lesquelles se répartissent tous les êtres. Elle, modeste, se dépeint, au contraire, comme une herbe dont les racines ont été arrachées, comme une perle de rosée sur une flanc qui ne saurait durer longtemps. En présence de l’Empereur, qu’elle remercie, ses souvenirs lui reviennent. Elle décrit, comme dans un rêve, la bataille navale de Dan-noura où sombra la fortune des Taira, où l’impératrice Toki-ko,