Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/137

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de l’action du drame, dont les parties chantées et parlées ne sont guère que le prélude, l’accompagnement ou le commentaire. Le Nô est, à cet égard, un ballet sacré dont la poésie et la musique doivent être considérées surtout comme les deux auxiliaires. C’est vers la danse finale que tout le drame converge : c’est en elle qu’il a sa crise et sa solution.

D’après sa structure générale et qui confirme bien le rôle prépondérant de la danse, le Nô se divise en deux parties : l’une d’exposition, dans laquelle le protagoniste ou « suite » est principalement diseur et chanteur ; l’autre d’action, dans laquelle il est plus strictement danseur. — Le plus souvent cette division du drame est marquée extérieurement par le changement de costume du « suite » qui, lorsqu’il va danser, c’est-à-dire lorsque le drame approche de la crise, revêt un vêtement nouveau, plus somptueux ou plus symbolique. Ce changement se fait sur la scène même, à l’arrière-plan, et sans interruption de la pièce.

Les Nô enfin, selon la nature des sujets qui y sont traités, ou selon le programme adopté pour leur exécution, se répartissent, soit en quatre, soit en cinq ou six classes. — Il y a, d’après le genre des sujets, quatre classes de Nô : les Nô de divinités ou de choses divines (kami-nô), mettant en scène des légendes mythologiques ou des légendes relatives à un temple, à sa fondation, à la divinité qui y est honorée ; les Nô de souhaits heureux (shûgen-nô) destinés à louer et honorer un grand personnage et avant tout l’Empereur ; les Nô d’apparitions (yûrei-nô ou seirei-nô) où figurent, en dehors des dieux et des génies, les mânes ou des esprits d’animaux, de plantes, de fleurs ; les Nô d’actualités (genzai-nô), représentant des scènes anciennes, plus ou moins historiques, ou même demi-légendaires, et des scènes de mœurs accommodées au goût de l’époque. — En ce qui concerne le programme d’exécution des Nô, l’usage avait prévalu et s’est conservé de composer chaque spectacle d’une succession de cinq pièces appartenant chacune à une classe différente. Les cinq classes entre lesquelles, sous cet aspect, se distribuent les Nô, sont, suivant la formule classique, « jin-dan-jo-kyô-ki » (dieu, homme, femme, folie, démon,) selon que le personnage principal de la pièce est une divinité, un homme (héros ou guerrier), une femme (ou l’esprit d’une morte ou un esprit apparaissant sous une forme féminine), un