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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/134

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par les loges des spectateurs. Elle est elle-même carrée, de cinq mètres et demi environ sur chaque côté, et de deux pieds à peu près au-dessus du sol. Aux quatre angles, de fortes colonnes de bois soutiennent une toiture, également de bois, et qui a la même forme que celle des temples bouddhistes, mais sans ornemens, sans tenture et sans plafond. Au fond de la scène est un arrière-plan (kôza) d’un mètre quatre-vingts, qui forme la paroi de clôture et sur le milieu duquel est figuré un vieux pin aux branches éternellement vertes. A la limite de cet arrière-plan et de la scène proprement dite se placent, assis à la manière turque ou japonaise, les trois ou quatre instrumentistes, à savoir, et dans l’ordre, le flûtiste, le petit tambourin, le grand tambourin, le tambourin à baguettes. — A droite, le long de la scène et de plain-pied avec elle, s’assied, sur une sorte de balcon d’une largeur de 90 centimètres, le chœur, formé sur deux rangs, qui entre par une petite porte basse s’ouvrant sur une paroi latérale où est peint un bouquet de bambous. — A gauche, de l’extrémité de l’arrière-plan ou kôza, part une galerie de même largeur (1 m. 80), et d’une longueur de 3, 5 ou 7 ken (5 mètres et demi, 9 mètres, 12 mètres et demi), dénommée le « pont » (hashi gakari), et se dirigeant de biais vers le foyer des acteurs que ferme un rideau de soie. Devant ce pont sont plantés trois jeunes pins. C’est la route par laquelle entrent et se retirent, d’un pas toujours très lent et très mesuré, les acteurs. Parfois certaines parties du Nô sont jouées sur ce pont qui devient ainsi comme une seconde scène reculée et, à distance, forme une perspective.

Tel est le cadre sévère auquel la scène se réduit et où n’apparaît que le pin vert de la paroi du fond. Dans quelques pièces figurent des fragmens réduits et stylisés de décors : la cloche du temple de Miidera, réduite à une sonnette, le chariot du Nô intitulé « Matsukaze » qui n’est qu’un jouet d’enfant, les cèdres du Nô « Miwa, » symbolisés par deux branches de quelques centimètres, un temple représenté par un cadre de deux pieds d’où partent quatre montans supportant un petit toit en chaume. — Le décor, architecture ou paysage, est, non pas dans des objets matériels, mais dans les vers mêmes du poète et dans la musique qui excellent à rendre, par la description, la suggestion, l’onomatopée, l’illusion merveilleuse de la parole et du son, la splendeur des architectures ou l’âpreté des