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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/126

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bolché-wiki prétendent qu’il n’y a aucune différence entre le gouvernement coalisé et l’ancien ministère Milioukoff. Le gouvernement, de son côté, peu sûr de la confiance du pays, insiste pour la formation d’un ministère socialiste. Même Milioukoff l’a demandé. La droite pense que si l’on forme un gouvernement avec les partis extrêmes, le pays fatigué reviendra plus vite à la sagesse. De leur côté, les bolché-wiki en pensent autant en ce qui concerne la droite.

Tout à coup, Lénine se lève. Ce simple geste a provoqué une énorme sensation. Toute la salle est debout. On se presse, on se pousse au premier rang.

Est-ce l’émotion ? Lénine, très pâle, se lance dans un discours pâteux où il s’embourbe. Ses phrases décousues, embrouillées, sont émaillées de formules démagogiques. Tantôt il ironise à l’adresse du Conseil des délégués ouvriers et soldats, tantôt il remonte à l’histoire de la Révolution française, puis revient au gouvernement provisoire. Et brusquement, il se dévoile :

— Il faut passer des paroles aux actes, s’écrie-t-il. Notre parti ne refuse pas le pouvoir ; il est prêt à chaque instant à prendre l’autorité entre ses mains. J’estime qu’aucun parti qui se met en avant ne peut refuser le pouvoir, lorsque les représentai du pouvoir sont menacés de la déportation en Sibérie… Mais nous ne sommes pas encore déportés !

Après cet exorde, le trop célèbre maximaliste expose son programme de réformes économiques et financières. Programme des plus simples, et même tout à fait sommaire : arrêter une ou plusieurs dizaines de capitalistes, les tenir dans les conditions où se trouve actuellement l’ancien tsar, Nicolas Romanoff. Ainsi se trouveront mis au jour les filons secrets de leur enrichissement. ? « Il faut arrêter les capitalistes, reprend Lénine, sans cela toutes nos phrases ne seront que de vaines paroles ! » Puis il déclare inadmissibles les rapports de la démocratie révolutionnaire avec la Finlande et l’Ukraine, affirmant qu’il faut les laisser se séparer complètement de la Russie si tel est leur désir. Enfin il se prononce sur l’offensive. Sa déclaration est brève mais nette : « L’offensive en ce moment est la continuation du carnage impérialiste ! »

Lénine a quitté l’estrade. Et, simplement, Kérensky s’avance. Tous les cœurs battent dans toutes les poitrines. Toutes les pensées convergent vers lui. Il est comme porté à la tribune