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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/111

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quelle que soit leur ampleur — qu’il appartient de déterminer le mode nouveau de répartition de la terre. »

Il n’y a aucun rapport entre la question agraire, telle qu’elle se pose actuellement en Russie, et celle que souleva, en France, la Révolution. En Russie, la terre appartient à la commune ou mir, et c’est le mir qui la répartit entre ses membres. L’idée que la terre est à Dieu est ancrée dans l’âme du paysan russe, d’où son attachement pour le communisme agraire. Il n’est plus le serf du seigneur, mais il reste volontairement le serf de la terre.

— Dans ton pays, combien a-t-on de terre par âme ? se demandent entre eux deux soldats-paysans dès qu’ils se rencontrent.

Or, il est des villages russes où le paysan ne possède plus, par suite de l’accroissement de la population, qu’un cinquième ou un sixième d’âme, c’est-à-dire la cinquième ou la sixième partie de ce qui lui fut attribué en 1861.

Le paysan russe est un amoureux passionné de la terre. « L’homme est comme l’abeille, dit-il, il doit aimer et admirer la terre. » Lorsque les paysans russes, sous la capote grise du soldat, eurent franchi les Carpathes et descendirent vers les plaines hongroises, on en vit plusieurs se baisser, prendre un peu de cette terre dans le creux de la main, la soupeser, l’écraser doucement entre leurs doigts : « Ça, dirent-ils après un minutieux examen, c’est une bonne terre et qui vaut bien qu’on se batte pour elle ! »

— Comment travaille-t-on la terre chez toi ? se demandent-ils encore. A la charrue ou à la sakha ? (charrue plus profonde).

C’est que les procédés de culture sont restés très rudimentaires dans la majeure partie de l’empire russe. En ces dernières années cependant, sous la bienfaisante influence des Ziemstvos (organisations communales), quelques améliorations y ont été apportées ; mais le paysan, routinier et ignorant, se montre rétif dans l’adoption de tout ce qui va à l’encontre de ses traditions et de ses habitudes. Aussi les terres russes rendent cinq fois moins que les terres occidentales, d’où la pauvreté du paysan. Il appartiendra, après la guerre, aux Conseils des paysans de s’unir aux Ziemstvos pour l’intensification des procédés de culture dans tous les gouvernemens russes.