Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/104

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


quelques timides critiques ou des protestations intéressées. A l’Institut technologique où j’accompagne une amie chargée de distribuer le pain aux soldats, des sous-officiers commentent entre eux l’événement. Ils parlent sans contrainte, ne se doutant pas que nous sommes à portée de les entendre.

— Comment peut-il y comprendre quelque chose ? dit l’un d’eux : il n’a jamais été militaire…

Et ils ne voient pas, hélas ! qu’en la circonstance, c’est eux « qui n’y comprennent rien ! »

Les protestations partent des maximalistes partisans de Lénine. Ces pêcheurs en eau trouble, ces partisans déguisés de l’Allemagne, ces « défaitistes » flaïrent en ce patriote leur plus redoutable ennemi. La lutte entre eux est désormais ouverte, tragique, sans merci. Tandis que le ministre de la Guerre se lance bravement dans l’arène, poitrine découverte, on les sent se préparer dans l’ombre… De quel côté sera la victoire ?… Question angoissante, lorsqu’on sait que du triomphe de Kérensky dépendent l’avenir de la Révolution et le bonheur de la Russie…

La Déclaration du gouvernement provisoire rénové rejette toute idée de paix séparée, reconnaît que la défaite de la Russie et de ses alliés serait un désastre pour la démocratie et rendrait impossible la conclusion d’une paix basée sur les principes de la déclaration du 27 mars.

Kérensky publie en même temps un ordre du jour à l’armée et à la flotte : « La patrie est en danger ! » En conséquence, le nouveau ministre de la Guerre n’acceptera : 1° aucune demande de démission émanant du haut commandement en vue de se soustraire à des responsabilités ; 2° ordonne à ceux qui ont quitté les rangs de l’armée et des équipages de la flotte d’avoir à les regagner avant le 15 mai ; 3° déclare que ceux qui n’obéiront pas à cet ordre seront punis avec toute la rigueur des lois.

La Russie répudiera-t-elle enfin ses illusions révolutionnaires touchant l’Allemagne, et se résignera-t-elle à remporter avec nous la victoire ? Comprendra-t-elle que l’impérialisme auquel elle a déclaré la guerre, c’est parmi les Empires centraux qu’il se trouve ? Socialistes ou non, les Allemands n’ont pas répondu à ses appels à la liberté. Le Kaiser et ses alliés s’affermissent chaque jour plus dans leurs projets d’oppression et de rapines. Du plus lettré des représentans de la « société »