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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 40.djvu/703

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année jusqu’à la soixantième à peu près. Ce ne sont pas tous ses feuilletons qua recueillis M. Victor Barrucand : seulement quelques-uns d’entre eux et des passages, très bien choisis, de beaucoup d’autres. Tout d’abord, le lecteur éprouvera de l’impatience, il me semble, à ne guère savoir ce qui fut l’occasion de ces pages. Rome, quatorze tableaux, par Ferdinand Laloue et Fabrice Labrousse ; Richelieu, drame en cinq actes et en vers, de Félix Peillon ; et même la Sapho de Philoxène Boyer : tout cela est tombé dans Toubli à tout jamais. Pareillement, plusieurs célébrités du jour, ou de la nuit, que Banville saluait ou vilipendait. Pareillement, la quantité des anecdotes qui furent le scandale ou bien l’enthousiasme d’un instant et qui servirent de prétexte au chroniqueur. Peut-être fallait-il ajouter à la chronique de Banville un commentaire et, à coup sûr, délicieux si on l’eût fait, comme celui des Odes funambulesques, si joli, drôle et cependant funèbre. Il y a plaisir et petite revanche, à disputer à l’oubli un peu de ce qu’il réclame et prend vite, à voler ce voleur et à lui arracher ne fût-ce que « Néraut, Tassin et Grédelu, » comédiens honnêtes et qui jouaient les seconds rôles à la Porte-Saint-Martin « du temps de la féerie et des frères Cogniard ; » leurs noms étaient au bout de, l’affiche tous les soirs et, comme « le triolet venait de renaître, » leurs noms que le hasard avait rythmés passèrent à de légers poèmes qui ne sont pas encore anéantis et qui préservent leur fragile gloire. Peut-être aussi, en laissant morts et mystérieux les cinq actes et envers de Félix Peillon, les quatorze tableaux et romains de Fabrice Labrousse et Ferdinand Laloue, accuse-t-on la futilité de ces travaux terriblement forcés auxquels avait à consentir le poète. Lui pourtant ne se lamente ou ne s’indigne pas. Il n’est point en colère et plutôt rirait, et ne se venge pas sans gaieté, si le Palais-Royal, le 3 août 1869, l’a convoqué pour On demande des ingénues, comédie de Bernard et Grange, mais qu’il intitule, au feuilleton du National, « comédie par Mme X…, couturière. Mlle Blanche d’Antigny, MM. Eugène Grange et Victor Bernard. » Il commence : « La robe est une merveille !… » Il insiste et la compare, cette robe, pour la couleur, aux vagues de la mer et au vêtement que le grand Ingres a donné à son Odyssée, et pour la forme aux « draperies que fait frémir et bouffer en petits flots l’amoureuse fantaisie de Clodion : » voilà pour l’auteur principal de cette comédie, la couturière. Puis, deuxième auteur, Mlle d’Antigny : « une femme de Rubens ; et c’est, en effet, dans ce goût que le maître d’Anvers pétrissait de lis et d’écarlate ses grandes Nymphes et les Néréides aux robustes poi-