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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 40.djvu/237

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aucune nationalité, même celle de ses ennemis d’aujourd’hui. Mais elle entend que l’oppression qui a si longtemps pesé sur le monde soit enfin détruite et que soient châtiés les auteurs des crimes qui demeureront pour nos ennemis la honte de cette guerre… Pour elle-même elle entend que soient libérées et lui fassent retour ses fidèles et loyales provinces d’Alsace et de Lorraine, qui lui ont été arrachées jadis par la violence. Avec ses Alliés, elle combattra jusqu’à la victoire pour que leur soient assurées la restauration intégrale de leurs droits territoriaux et de leur indépendance politique ainsi que les indemnités réparatrices pour tant de ravages inhumains et injustifiés et les garanties indispensables contre le retour des maux causés par les incessantes provocations, de nos ennemis. » De même, la Grande-Bretagne « n’est pas entrée dans cette guerre pour faire des conquêtes et ne la poursuit pas avec ce dessein. Son but était, à l’origine, de défendre l’existence du pays et d’imposer le respect des engagemens internationaux. A ces objets primitifs s’ajoute aujourd’hui celui de libérer les populations opprimées par la tyrannie étrangère. » Le gouvernement britannique, conclut la note, estime que, dans leurs lignes générales, les accords faits par lui de temps à autre avec ses Alliés se conforment à ces règles. Toutefois, au cas où le gouvernement russe le désirerait, le gouvernement britannique et ses Alliés sont parfaitement disposés à examiner ces accords et, si c’est nécessaire, à les reviser. »

Personnellement, — s’il n’est pas présomptueux d’avoir une opinion personnelle sur un tel sujet, — nous persistons à croire qu’une « revision des buts de guerre, » en pleine guerre, n’est pas sans inconvéniens ; qu’il y en a, au contraire, de plusieurs ordres ; et qu’il eût été plus sage d’opposer aux questions du Conseil des ouvriers et soldats quelques questions préalables. Mais ce n’est pas la peine de récriminer. Il suffit qu’on soit décidé, tout en marquant à la naissante démocratie russe le sympathie qu’inspirent ses bonnes intentions et que mériteront ses efforts, à ne point incliner plus qu’il ne convient, devant un régime, des hommes d’État, et des assemblées ou des comités improvisés, les principes, les maximes et les traditions par lesquels ont vécu et se sont maintenus de siècle en siècle les États qui possèdent, par droit d’aînesse, la culture politique la plus ancienne et la mieux éprouvée. Démocratie tant qu’on voudra ; mais la République des États-Unis, la République française, et même l’Angleterre monarchique, et l’Italie monarchique elle-même, en un certain sens, le meilleur, sont aussi des démocraties.