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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/955

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voulons pas encore, et c’est parce que ce sentiment est général parmi les Alliés qu’au moment même où l’Empereur rédigeait péniblement son manifeste, les chefs d’États alliés y répondaient d’avance en disant qu’ils iraient jusqu’au bout. M. le Président de la République a été particulièrement bien inspiré lorsqu’il a dit dans son message, en parlant du peuple et de l’armée : « Ils ne se laisseront troubler, ni par les nouvelles mensongères qui cherchent à faire dans l’ombre le siège des âmes faibles, ni par les bruyantes protestations pacifiques des manifestes ennemis, ni par des paroles doucereuses et perfides que des agens suspects murmurent parfois aux oreilles des neutres. » Ces murmures sont même venus jusqu’aux nôtres.

Ici, qu’on nous permette une digression au sujet du Saint-Père qui, avec des intentions à coup sûr bien différentes de celles que nous condamnons, mais sans tenir peut-être un assez grand compte d’élémens très complexes dont quelques-uns lui échappent, vient d’écrire un manifeste pacifique. On se rappelle le bruit qu’a fait, il y a quelques semaines, l’interview de M. Latapie. Nous avons dû en parler. Depuis, le Pape s’est expliqué, et quelques-uns de nos lecteurs nous ont reproché de n’avoir rien dit de ses explications, qui sont des rectifications ou plutôt des dénégations. Ils ont raison. Notre excuse est dans l’extrême multiplicité et la rapidité des événemens qui marchent plus vite que nos chroniques. Ce n’en est pas moins pour nous un devoir de dire que l’interview de M. Latapie a été démentie, non seulement par le cardinal Gasparri parlant au nom du Pape, mais par le Pape lui-même dans une lettre au cardinal Aniette. Il n’est donc pas douteux que M. Latapie a mal compris et mal rendu la pensée du Saint-Père. Cela nous a valu d’abord une lettre du cardinal Gasparri à M. Van den Heuvel, ministre de Belgique auprès du Vatican. Nous n’en retiendrons qu’un détail, mais il est important. Le Pape ne s’était pas expliqué jusqu’ici sur la violation de la neutralité belge ; les influences qui s’étaient exercées sur lui pour l’amener à le faire avaient été combattues et paralysées par d’autres : en fin de compte, sa conscience a parlé. Nous avons aimé particulièrement le passage de sa lettre où, faisant allusion aux papiers que les Allemands ont trouvés à Bruxelles et d’où ils ont sophistiquement conclu que la Belgique avait manqué la première aux devoirs de la neutralité, le cardinal Gasparri s’exprime ainsi : « Même si on admettait le point de vue allemand, encore resterait-il toujours vrai de dire que l’Allemagne, de l’aveu du chancelier, pénétra dans le territoire belge avec la conscience d’en violer la neutralité et, par conséquent,