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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/932

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Dumas, humilié, jura de rentrer sous sa tente, c’est-à-dire de retourner au théâtre et de se confiner entre le côté cour et le côté jardin. On le renvoyait à ses comédies, il y revint : toutefois il ne renonçait pas à ce nouveau genre de conversation publique dont le goût lui était venu. Le pli était pris. Désormais, à propos d’une cause célèbre ou d’un débat des Chambres, il ne manquera plus d’intervenir par quelqu’une de ces brochures retentissantes : l’Homme-femme, les Femmes qui votent et les femmes qui tuent, la Question du divorce. Cette manière de lancer dans le public des brochures d’actualité, c’est le journalisme sous sa forme première, d’aucuns disent sous sa forme supérieure, et tel que l’avaient pratiqué les publicistes du XVIIIe siècle. La guerre de 1870 a d’abord exercé son influence sur Alexandre Dumas en faisant de lui un grand journaliste.

Mais c’est son théâtre qui importe : revenons-y, nous aussi. D’ailleurs ni ses préfaces, ni ses brochures ne nous en ont écartés, car dans son œuvre tout se tient et s’enchaîne avec sa vie. Dès que les théâtres firent leur réouverture, à l’automne de 1871, Alexandre Dumas y reparut avec deux pièces nouvelles, données coup sur coup. Ces deux pièces, représentées dans un Paris hier foulé par l’étranger et tout fumant encore des incendies allumés par la Commune, ne portent aucunement la trace des événemens publics, et n’attestent nul changement dans la manière de l’auteur. La Visite de noces où Cygneroi revient à Mme de Morancé quand il la croit infidèle, et s’enfuit, quand il la sait honnête, est une variation extrêmement ingénieuse, mais non pas nouvelle dans ce théâtre, sur le thème du libertinage masculin. La Princesse Georges est tout uniment une pièce émouvante, l’une des plus émouvantes que Dumas ait écrites. Nous plaignons la princesse de Birac trompée par un mari qu’elle aime, et nous savons bien et l’auteur sait comme nous, qu’à de telles déceptions et de telles douleurs aucune disposition législative n’apportera jamais de remède. Tout au plus peut-on dire que le personnage de Sylvanie, — « Ni épouses, ni filles, ni mères, ni amantes… ces femmes-là sont sur la terre pour le désespoir des femmes et le châtiment des hommes, » — est nouveau dans le théâtre de Dumas et reparaîtra, plus développé, dans les pièces qui suivront. Il reste qu’on jurerait l’une et l’autre comédie écrites avant la guerre. Il se peut qu’en effet Dumas les eût en portefeuille. Nous aussi quand la paix rouvrira les théâtres, il faut nous attendre à les voir jouer d’abord des pièces reçues antérieurement à la guerre et qui étaient prêtes à passer pour la rentrée de 1914. Leur saison était