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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/929

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ennuyée, voilà comment ça a fini, » et « Ça finit par la haine de la femme et par le mépris de l’homme : à quoi bon alors ? » Aphorismes à la Chamfort, oui, mais qui résument en formules saisissantes et inoubliables la médiocrité et la tristesse de l’adultère. C’est vrai encore que dans ce théâtre on écoute trop aux portes et que les domestiques s’y mêlent trop à la conversation : c’est le cas dans la Princesse Georges. Qu’importe si cette faible rançon nous vaut de superbes effets dramatiques ? Molière ne soignait pas ses dénouemens, et cela ne l’a pas empêché d’être Molière. Dumas fils faisait des siens un « total mathématique, » et ce n’est pas par-là qu’il est Dumas fils. Il est clair que son système n’est à l’abri ni des critiques, ni surtout des retouches : pas plus qu’à aucun autre il ne lui appartenait d’imposer à la comédie moderne un type dont il fût désormais défendu de s’écarter. Tout s’use, tout s’émousse, au théâtre comme ailleurs, et la loi universelle est celle du changement. Je crains seulement qu’au cours de ces dernières années, le mouvement de réforme au théâtre ait été mené par des hommes qui avaient de l’esprit, du talent, de la facilité, de la philosophie, de l’observation, et toute sorte d’autres qualités encore. sauf une, qui est le sens du théâtre.

Or ce puissant, ce fécond, ce génial écrivain de théâtre, au moment où éclata la guerre, s’était, depuis trois ans déjà, interrompu d’écrire pour le théâtre. Plutôt que de donner des pièces nouvelles, il préférait mettre, en tête de ses pièces déjà représentées, des Préfaces où il traitait de tous les sujets et quelquefois même de celui de la pièce. C’étaient, comme on disait jadis, des Examens, où l’auteur faisait un peu son examen de conscience et beaucoup celui de ses contemporains. Il était parvenu à ce tournant de la vie où, non contens d’avoir réfléchi pour nous-mêmes, nous souhaitons faire part à autrui de nos réflexions. Comme nombre de littérateurs à qui leur littérature ne suffit plus, il aspirait à dire son mot sur toutes choses. Je ne songe ni à lui reprocher cette prétention, ni même à en sourire. Ses préfaces sont des causeries de la verve la plus entraînante, et, quand même elles n’auraient pas d’autre portée, elles seraient assez intéressantes par elles-mêmes. Mais en outre comme elles nous aident à comprendre son théâtre ! Elles attestent chez lui l’obsession de certaines idées, l’ardeur de certaines convictions : si l’homme n’avait pas eu ces idées et ces convictions, les pièces de l’auteur auraient eu le même brillant, mais non pas la solidité et la profondeur qui en font le mérite durable. Ses mots auraient eu le même éclat, ils n’auraient pas la même résonance. Tout au plus