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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/920

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Et vous n’êtes pas là ! Vaine magnificence
Où le cœur solitaire et lourd saigne en secret,
Et compte tristement les longs jours de l’absence :
A quoi bon cette renaissance
De la plaine et de la forêt ?

Vous êtes loin… Parfois notre âme en deuil est lasse
D’attendre sans savoir la date du retour…
Sommes-nous séparés pourtant ? L’épreuve passe.
Sont-ils divisés par l’espace,
Ceux que rassemble un même amour ?

Votre pensée autour de moi plane sans cesse,
Et la mienne vers vous vole à travers les cieux :
Jamais au plus beau temps de l’ancienne allégresse,
Quand me charmait votre tendresse,
Nous ne nous sommes aimés mieux :

Vous reviendrez ; nous reverrons votre visage,
Mais vous vers qui j’irai, vous qui vivez plus haut,
Monte-t-il jusqu’à vous mon terrestre message,
Jusqu’au mystérieux rivage
Où je vous rejoindrai bientôt ?

Vos pas silencieux n’effleurent plus nos routes ;
Parmi les voyageurs, nous vous cherchons en vain.
Vous êtes là pourtant, triomphant de nos doutes,
Et de nos pleurs séchant les gouttes
Avec un sourire divin.

Invisibles amis que ma détresse implore,
Vous êtes toujours là ! Des pays inconnus
Où pour vous aux rayons d’une plus douce aurore,
Un autre au printemps vient d’éclore,
Déjà vous êtes revenus.