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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/910

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« Ils sont habillés de kaki ; ils sont très raides sur leur monture ; ils sont d’une propreté remarquable… »

Pour leur souhaiter la bienvenue, ce gentil enfant a voulu apprendre quelques mots d’anglais ou plutôt quelques mots qu’il croit anglais : « I wis goud day ! » criai-je à l’un d’eux qui, en me répondant, me toucha la main. Moi, malgré que je ne le connaisse pas, j’aurais voulu lui sauter au cou et l’embrasser, parce qu’il vient défendre la France, ses habitans et, par conséquent, maman et moi… Je songeais à mes parens qui se battent, et une larme perla sur mon sourcil ; mais, de toutes mes forces, je criais encore :

« Hip ! hip ! hourra !… »

« Ils continuèrent à défiler gaiement en chantant leur petite chanson : It’s a long, long way to Tipperary, ou encore la Marseillaise que j’ai reconnue parce que je sais les paroles… D’ailleurs, malgré que nous ne soyons pas du même pays et que nous ne parlions pas la même langue, nous nous comprenons par le cœur… Les Anglais aussi aiment les enfans, et ils sont contens quand un petit enfant vient leur toucher la main ; ils lui répondent gentiment, car ils pensent à leurs petits enfans à eux qui sont loin… Aussi j’espère et je prie Dieu pour qu’ils reviennent sains et saufs. Oui ! qu’ils reviennent bien portans et sans qu’il leur manque un bras, une jambe ou une main… »

En bien des villes, nos enfans ont été à même d’observer des prisonniers allemands :

« Dans la rue, l’autre jour, je vis des gens qui couraient. Je me mis à courir avec les autres ; puis je demandai à mon camarade Chariot ce qu’il allait y avoir. Chariot me dit :

« — Tout à l’heure, il va venir des prisonniers allemands…

« La foule grossissait, s’impatientait. J’attendis une demi-heure, et j’allais m’en aller, quand Chariot me retint par la manche et me dit :

« — Les voilà ! »

« Ils débarquèrent, escortés par des soldats, baïonnette au fusil. Ils étaient tout pâles ; à peine si quelques-uns pouvaient se traîner. Pas un mot ne s’échappa de la foule. Le plus triste, ce fut de voir le dernier, car il n’avait plus de jambes… Les larmes coulaient sur beaucoup de joues… Moi, de les voir, ça