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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/902

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fait un faux pas, nous aurions été embrochés ; quand ils nous parlaient, ils nous mettaient leur revolver à la figure ; ceux qui ne savaient pas le français, nous « allemandaient » ; ils me faisaient peur ; ils me regardaient avec de gros yeux ; ils avaient une mine si féroce que, quand je passais à côté d’eux, je ne les regardais pas… Ils nous ont menacés de nous tuer s’ils ne passaient pas la Meuse… Ils étaient aussi dangereux que les gens qui sortent de prison et des bagnes : c’étaient de vrais repris de justice… De les avoir vus, nous pouvons dire que ce sont des lâches de toujours menacer du revolver des pauvres femmes et des enfans et que, s’ils sont forts, ce sont des barbares et qu’ils doivent être punis pour leur méchanceté et qu’il faut prier le Bon Dieu pour qu’il leur pardonne toutes leurs atrocités… »

« Chez nous, relate une autre, à Nossoncourt, il y avait quarante chevaux à enterrer. L’officier dit que les femmes allaient enterrer les chevaux… Mais le jour venait et, avec lui, la bataille. Les obus tombaient autour de ces pauvres femmes, parmi lesquelles était maman. Elles voulurent partir, mais les soldats les en empêchaient avec leurs baïonnettes et l’officier leur disait, en se moquant :

« — Les Français verront bien que c’est des femmes ! » Et, après nous avoir fait tout ça, le malin et le soir, ils nous tendaient la main : « Ponchour, matame… Ponsoir… »

« — Ensuite, ils ont mis le feu au village avec des torches… Nous nous sommes sauvés en nous bousculant. Nous avons monté sur la route de Bazien. Les étincelles nous tombaient sur la tête comme de la pluie… Nous avions, avec nous, une petite fille de six mois, Madeleine Pacatte, les étincelles tombaient sur sa petite voiture… Avant la guerre, c’était un village paisible (Nossoncourt) et où nous nous plaisions très bien ; maintenant, c’est tout brûlé ; les murs s’écroulent… »

« — La seule bonne parole que nous ayons eue des Allemands, » rapporte la petite X…, de Bréhéville, « ç’a été vers le 5 septembre ; ils ont venu prendre un cheval chez nous et ils disaient :

« — Bonnes petites Françaises ! Bonnes petites !… Triste pour vous, la guerre ! »… et ils ajoutaient :

« — Nous, pas méchans, quand on nous fait pas mal…

« Ils nous demandaient :

« — Vous, aimer la France ?