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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/901

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Et, ce n’est pas seulement par nécessité qu’ils saccageaient ainsi, remarque une autre, « c’était par méchanceté pure : ils tuaient les vaches et les cochons et ne les mangeaient pas, et quand les bêtes finissaient pas sentir mauvais, il fallait que nous, encore, on fasse des trous pour les enterrer… »

« .. Ici (à Senones), ils ont tout pris, dans les boutiques, et ce qu’ils avaient de trop : le chocolat, les bonbons, les bouteilles de bon vin, ils l’écrasaient en marchant dessus et le lendemain, ils venaient, dans les magasins, réclamer ce qu’il n’y avait plus. Quand on passait à côté d’eux, on n’entendait que ces mots :

« — Vin, vin ; tabac, tabac ; chocolate… »

Parfois, nos paysans, indignés, osaient risquer une observation :

« Nous leur disions que ce n’était pas bien ce qu’ils faisaient ; ils nous répondaient que tout ça était à eux, puisqu’ils l’avaient pris… Ils riaient : « Capout, Français ! Et nous, sous, gros sous, beaucoup, beaucoup !… »

Eternelle injustice du conquérant allemand ! « Prenons d’abord la Silésie, disait le grand Frédéric, nous trouverons bien ensuite des jurisconsultes pour déclarer que nous en avions le droit. »

Nos ennemis perpètrent leurs cruautés :

« Chez nous, à Bionville, ils ont fusillé, sans motifs, notre pauvre curé et un jeune homme de dix-sept ans. La première nuit qu’ils ont passée, ils ont établi leurs chevaux à l’église… »

Point de commentaires de la part de l’enfant ; mais comme on la sent vibrante d’indignation !

« Dans notre village, à Bréville, » poursuit une mignonne, qui répond au joli nom de Reine, « les Allemands ont tué un homme parce qu’il faisait boire ses vaches et, le soir, ils ont trouvé des hommes qui, malgré cela, soignaient les bêtes des parens qui étaient partis. Ils les ont emmenés dans les champs ; ils leur ont attaché les mains derrière le dos et, par une pluie à torrens, ils les ont laissés vingt-quatre heures à grelotter… Ils ont emmené, en Allemagne, mon papa et, depuis, nous n’avons aucune nouvelle ; nous ne savons pas ce qu’il est devenu, nous nous demandons s’il est de ce monde-ci ou de l’autre… »

« Nous, atteste une pauvrette, ils nous conduisaient brutalement et baïonnette au fusil et si près, que, si nous avions