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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/856

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lieutenant G… était tellement oxydé qu’il lui avait fallu l’aide de deux hommes pour dégainer.

La parade finie, nous reprenons notre disposition le long des haies et des arbres, afin de nous cacher des aéroplanes ; on faisait un peu de pansage quand, tout à coup, un lièvre nous est signalé par des Anglais qui organisaient une battue dans les champs voisins. Immédiatement, tous les hommes du groupe se précipitent à la poursuite du malheureux animal, lui lançant toutes sortes de projectiles : bâtons, fouets, quarts, képis, manteaux, que sais-je encore ? Un conducteur de la première pièce l’arrête au moment où il s’échappait… Il était temps ! A peine sommes-nous calmés de cet incident inattendu qu’un autre lièvre déboule vers nous, à fond de train ; deuxième charge, deuxième capture. Mis en goût, nous fouillons le terrain en rabatteurs, et ramenons une quantité de gibier, lièvres, lapins et perdrix, aux batteries qui les capturent au passage. Cette chasse passionne tout le monde, y compris les officiers qui, à cheval ou à pied, se montrent aussi amusés que les hommes… Les Anglais eux-mêmes interrompent leur partie de foot-ball pour se joindre à nous ; l’intérêt est à son paroxysme, quand un cri de terreur vient nous glacer d’épouvante : « Un gendarme ! » En effet, un gendarme français s’avance vers nous au galop, nous faisant signe de ne pas bouger ; mais, comme une volée de moineaux, nous prenons la fuite, et rentrons hors d’haleine à nos batteries. Le fougueux pandore déclare au commandant avoir reçu l’ordre du général de lui ramener tous ceux qui chassent le lièvre… « Eh bien ! mon ami, dit le commandant, je vais faire former mon groupe par quatre, officiers en tête, et nous allons vous suivre, car nous y avons tous participé. » Et, sous les huées et la risée générale, deux de nos servans qui n’avaient pu échapper au gendarme, furent emmenés, tête basse, au général qui la leur lava gentiment.

Cette scène comique, nous privant ainsi d’un agréable et innocent passe-temps, nous avait désolés, et c’est avec plaisir que nous reçûmes enfin l’ordre d’entrer en action. Vers midi, les Allemands, en nombre très supérieur, arrachèrent Dixmude à nos vaillans marins ; il était urgent d’arrêter leur progression ; aussi nous nous mîmes en route sans retard, à 16 heures, vers le point menacé, distant d’une trentaine de kilomètres pour le moins. Brouillard, nuit noire, sommeil comme toujours ; je