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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/844

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insolens « poilus » qui osent se montrer ! Le poste du général n’est plus qu’un simple chemin creux que quelques artilleurs « améliorent, » c’est-à-dire transforment en tranchée ; l’ennemi est à 2 000 mètres ; heureusement qu’il ignore l’importance de ce groupe d’officiers et d’agens de liaison ! Quel beau coup, s’il « descendait » un état-major de brigade ! Heureusement il n’a rien vu et il ne verra rien de toute la journée, trop occupé à se défendre contre nos attaques.

Il y en a déjà eu une qui est arrivée à 100 mètres de La Boisselle, mais les mitrailleuses nous ont empêchés d’avancer ; on prépare la seconde avec du 75 et du Rimailho : ce bombardement est des plus réjouissans ! Les 155 sont des obus terribles dont les ravages, énormes démoralisent les troupes les plus décidées ; à 2 kilomètres, — le vent porte vers nous, — on distingue les hurlemens des éclats volant dans tous les sens !

La journée se passe ; les abris sont terminés ; les officiers s’y installent et je les écoute causer de la défense de Paris, du changement de ministère qui est arrivé si à propos, de nos premiers échecs déjà réparés et de la certitude que nous avons maintenant de « les tenir. » Je ne puis rien dire à cause de mon grade et je le regrette, car je suis capable de comprendre, comme eux, et je souffre de mon ignorance des faits qu’ils connaissent mieux que moi.

La nuit tombe, nous rentrons au moment où se décide une troisième attaque ; nous passerons la nuit sur notre position, pour soutenir, s’il en est besoin, notre infanterie ; les hommes s’installent dans leurs « chambres, » tandis que je me mets en route avec un peu d’inquiétude pour remplir la mission suivante : « Allez porter ces deux plis à l’échelon et au premier groupe ; impossible de vous renseigner sur leurs positions ni de vous donner le mot qui ne nous est pas encore parvenu ! » Par bonheur, je rencontre, en route, un camarade qui venait de l’échelon et m’y accompagne, sans quoi je me serais infailliblement perdu, tant il faisait noir (d’ailleurs, je ne connaissais pas les chemins). Un peu plus loin, un lieutenant de réserve me donne le mot. Nous repartons à la recherche du premier groupe, riant et blaguant, tandis que nos chevaux hennissent à qui mieux mieux. Avec une veine colossale, nous trouvons facilement les officiers que nous cherchions et, après m’être acquitté de ma mission, je veux revenir par le