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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/828

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éreintante et à tous ses défauts, — notamment sa facilité de broncher de l’antérieur droit qui avait été couronné, et qui restait faible. — Je dois pourtant lui reconnaître une résistance remarquable de vieux grognard qui a un long temps de service et de nombreuses grandes manœuvres, excellente qualité pour un cheval d’éclaireur destiné à fournir un travail très dur et irrégulier. J’en ai fait de mémoire un dessin assez ressemblant, car, l’ayant gardé jusqu’au jour de ma blessure, j’ai fini par le connaître sur toutes les coutures… Grand, maigre, long nez fortement arqué, bai très brun, presque noir, il était bien appareillé avec son maître… Roublard comme pas un, il s’arrangeait toujours pour ne pas mourir de faim ; je n’ai jamais vu un pareil vorace ! Il était d’ailleurs fatigué lorsqu’on me l’a donné, et j’ai dû le soigner comme un fils ( ! ) pour le remonter ; en quelques semaines, je l’avais rajeuni de vingt ans, et je m’étais bien attaché à lui. « Ebrard et son Papa » étaient célèbres dans tout le groupe !

Je repris mon service le 28 septembre. Bien de bien remarquable dans la matinée. J’étais chargé d’assurer la liaison avec le 79e ; son colonel était au château où nous étions abrités contre la pluie et les obus que les Bavarois daignèrent nous envoyer avec la préoccupation visible de ne pas nous causer le moindre mal.

Leurs batteries, néanmoins, nous gênaient et on allait combiner une attaque pour les prendre, lorsque nous reçûmes l’ordre de nous rendre immédiatement au Nord de Bray, où ça n’allait pas bien ; une division territoriale, énergiquement attaquée, avait reculé de cinq kilomètres ; il était donc urgent de renforcer notre ligne, la position étant pour nous d’une importance capitale. Des élémens d’infanterie partirent en même temps que nous ; le reste du 20e corps soutint notre contre-attaque les jours suivans, et c’est à cette occasion qu’il fut cité à l’ordre du jour, car non seulement il arrêta la retraite, mais il reprit toutes les positions perdues et rétablit le combat contre un ennemi supérieur, « entraînant par son exemple les corps voisins ébranlés. » C’est là, nous dirent nos officiers, que le () 0e fit le plus beau travail de toute la campagne… Beaucoup d’Allemands s’en aperçurent à leurs dépens !…