Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/818

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’Angleterre serait fatale à la seconde, et permettrait l’édification, avec l’aide de la première, d’une république indépendante, où la population hollandaise serait souveraine.

La décision du gouvernement d’engager une expédition contre l’Afrique Occidentale allemande était grave. Réussirait-il à faire comprendre à la population hollandaise que c’était un acte de loyauté auquel l’Union ne pouvait se dérober ? Que feraient le général Hertzog et ses partisans ? Allaient-ils reprendre la question soulevée trois ans plus tôt par le Volkstem, l’organe principal de langue hollandaise, du droit pour l’Afrique du Sud de rester neutre dans une guerre où la Grande-Bretagne serait engagée ? Le journal avait nettement conclu par l’affirmative, doctrine qu’avait désavouée aussitôt le général Botha : « Si le jour malheureux venait où notre commune mère patrie était attaquée, ce jour-là trouverait les Afrikanders anglais et hollandais épaule contre épaule, unis pour la défendre jusqu’à leur dernier souffle. » Ce jour était venu : allait-on voir l’Union se diviser, et la guerre civile empêcherait-elle de faire front contre l’ennemi commun ?

Déjà, avant même la guerre déclarée, la seule éventualité de la guerre entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne avait suffi pour provoquer dans l’Ouest du Transvaal un mouvement séditieux. Dans cette région, résidait un prophète, Nicolas van Rensburg, un de ces hommes qui, dans les sociétés ignorantes, acquièrent une si grande influence et dont les dires propagés oralement, répétés sentencieusement dans les réunions familiales où les sujets de conversation sont si rares, deviennent impossibles à détruire. La réputation de « Oom Niklaas, » acquise pendant la guerre de trois ans, s’était perpétuée. Or, dans une de ses visions les plus fréquemment répétées, il avait vu un combat de taureaux : six ou sept animaux, engagés dans une lutte sanglante ; un taureau gris était sorti victorieux du combat. Les taureaux représentaient les grandes nations de l’Europe ; le taureau gris, c’était l’Allemagne, la triomphatrice de la lutte attendue, qui donnerait le signal de la résurrection de la République sud-africaine. Le bruit se répandit promptement, dans le district de Lichtenburg, où résidait le prophète, que les hommes seraient convoqués le 15 août à un meeting où le « Vierkleur » serait hissé, et d’où ils iraient à la frontière allemande chercher des munitions. Le général De la Rey, le « roi