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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/815

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on devinait en lui un prochain rival de Botha. Leurs conceptions sur les problèmes fondamentaux pour l’avenir de l’Union allaient divergeant rapidement. Le heurt final se produisit sur la question la plus grave : la conduite de l’Union vis-à-vis de l’Empire.

Le général Botha avait publiquement proclamé comment il l’entendait, lorsqu’il-était allé présenter le projet de constitution au Parlement de Westminster : « Je sais, disait-il, que le peuple anglais est désireux qu’une nation puissante et saine se développe dans l’Afrique du Sud ; et nous, Sud-Africains, nous avons la ferme résolution, après le sang et les larmes répandus dans le passé, d’édifier une nation dont la mère patrie sera justement fière. Les deux races blanches dans l’Afrique du Sud n’aspirent aujourd’hui qu’à une politique de patience, de conciliation et de coopération. » Beau programme, ayant pour but la fusion intime de deux races magnifiques, si capables de se compléter mutuellement, et qui avaient largement fusionné déjà dans la colonie du Cap, lorsque le raid de 1895, puis la guerre, étaient venus, en réveillant le nationalisme hollandais, interrompre ce mouvement. La politique de conciliation, avec le but final qu’elle se proposait, ne pouvait convenir à l’élément réactionnaire hollandais. La crise, jusqu’alors latente, éclata à la fin de 1912. Au mois de novembre, le général Hertzog, parlant à Nylstroom sur la lutte politique, déclara qu’elle se poursuivait entre « les sud-africains et des aventuriers étrangers, le plus grand nombre de langue anglaise. » L’explication qu’il essaya plus tard de son expression « aventuriers étrangers » ne put atténuer l’impression première qu’avait accentuée son allusion directe à sir Thomas Smart, qui avait succédé à si Starr Jameson, rentré en Angleterre, dans la direction du parti unioniste. Le bruit de cet incident n’était pas encore éteint lorsque le général Hertzog suscitait derechef (à de Wildt) la colère de la population anglaise et le mécontentement de l’élément progressiste de son propre parti : « L’impérialisme, — dit-il, — ne l’intéressait qu’autant qu’il était utile à l’Afrique du Sud, à son pays et à son peuple ; quand il ne leur était d’aucun intérêt, il le considérait de loin, avec respect ; mais lorsqu’il était opposé aux intérêts de l’Afrique du Sud et de son peuple, alors il se déclarait ennemi de l’impérialisme. » Déclaration aggravée par la restriction apportée à l’expression « son peuple : » en l’employant,