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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/811

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serait, au point de vue politique, un véritable protectorat, et aurait pour résultat, au point de vue économique, l’établissement d’un monopole commercial au profit de la colonie du Cap, et l’exclusion du commerce allemand. » Dans cette menace voilée est, sans doute, la raison de la hâte que mit Cecil Rhodes à intervenir directement dans les affaires du Transvaal et l’explication du raid Jameson. Au lendemain de cette triste aventure, l’empereur d’Allemagne adressait au président Kruger ses sincères félicitations pour avoir, lui disait-il, sans recourir à l’aide des Puissances amies, réussi à repousser, vous et votre peuple, avec vos propres forces, les bandes armées qui s’étaient introduites dans votre pays, et à maintenir votre indépendance contre une agression étrangère. » L’œuvre d’intrigue allemande se poursuivait à Pretoria, où, lorsque l’on se décida en 1899 à jeter le gant à l’Angleterre, on espérait avoir dans cette lutte disproportionnée l’aide de l’Allemagne : « Au début de la guerre, — déclara le général Botha à la conférence de Vereeniging, — nous comptions sur l’appui de Puissances européennes… Mais la vérité est qu’aucune Puissance étrangère n’a l’intention de nous aider. »

L’abandon où les avait laissés l’Allemagne, dans cette lutte suprême, avait détruit chez les Boers la confiance que pendant si longtemps ils avaient mise en elle. Il facilita leur adhésion loyale à la paix acceptée ; malheureusement, le terrain devait se prêter quelques années plus tard à un renouvellement des intrigues allemandes.


II

Le général Botha, devenu premier ministre du Transvaal, colonie anglaise, s’efforça de réaliser l’Union sud-africaine. Il fut assisté dans ses efforts par le docteur Jameson, rentré dans la vie politique et, à ce moment, premier ministre de la colonie du Cap. Anglais et Boers se rendaient compte de la nécessité d’aboutir promptement. La guerre avait mis fin au conflit politique. Mais, au lendemain de la paix, les mêmes rivalités économiques, qui avaient causé de si grandes divergences avant la guerre, subsistaient entre les quatre colonies qui, bien que groupées maintenant sous un drapeau commun, restaient