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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/81

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étant une fois trouvées, les applications de ces méthodes ne demandent que de la patience et du soin, et il s’agit alors simplement, par exemple dans les laboratoires, d’avoir un nombre suffisant de bons préparateurs. C’est le rôle que jouent souvent en Allemagne de nombreux travailleurs, élèves et collaborateurs de leurs maîtres, travaillant sous leur direction et développant leurs idées. Les sujets d’études sont ainsi explorés dans tous les sens, et on tire d’une méthode tout ce qu’elle peut donner. De l’effort de ces chercheurs patiens ne résulte que rarement un progrès réel de la science, mais le rendement scientifique est considérablement augmenté, et il arrive parfois qu’un produit nouveau intéressant ou une heureuse modification dans une technique soit le fruit de telles investigations. La nécessité de grands laboratoires puissamment outillés pour certaines études spéciales pousse naturellement à ces recherches en quelque sorte collectives, mais ici encore, il ne faut rien exagérer. Ne nous laissons pas hypnotiser par les immenses laboratoires. Ils sont assurément désirables dans certaines recherches demandant une installation compliquée, comme par exemple les recherches aux basses températures ; mais n’oublions pas que de belles découvertes ont été faites avec un matériel très simple. Sans remonter à l’âge héroïque des recherches de Pasteur dans son modeste laboratoire de la rue d’Ulm, reportons-nous seulement aux expériences fondamentales pour la physique moderne faites avec les tubes de Crookes, aux travaux d’un éminent physicien contemporain sur les radio-conducteurs qui ont été l’origine de la télégraphie sans fil, et aux études, faites récemment dans un laboratoire de la Sorbonne, sur le dénombrement des molécules.

Dans la science pure, on ne développe guère l’esprit d’invention en faisant travailler sur commande, et il est inutile de grossir le nombre des publications sans intérêt qui encombrent les journaux scientifiques. Trop souvent, ces travaux, qui portent la marque d’un même professeur et qui ne sont qu’une menue monnaie glanée par des élèves médiocres, produisent un agacement, que connaissent les lecteurs des périodiques et des thèses d’outre-Rhin. L’esprit souffle où il veut, et les esprits quelque peu originaux sont rebelles à une discipline trop pesante. Les chercheurs bien doués trouvent eux-mêmes leurs sujets d’études dans la lecture trop souvent négligée des