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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/808

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ancêtres qui abandonnèrent l’Europe il y aura bientôt trois cents ans.

Pour le transport de l’outillage nécessaire à l’exploitation des mines, pour l’approvisionnement des agglomérations qui se forment dans leur voisinage : Kimberley, près des mines de diamans ; Johannesburg, au centre des mines, d’or, les chariots boers sont insuffisans. De Capetown, de Durban, de Lourenzo-Marquès, les voies ferrées sont lancées vers l’intérieur, dont ces colonies se disputent le trafic à coups de tarifs.

L’Etat libre n’est pas directement touché par cette transformation : il n’y a pas de mines importantes sur son territoire. Le gouvernement anglais, invoquant les titres fort contestables d’un chef indigène placé sous son protectorat, avait annexé la région des mines de diamans, voisine de la frontière occidentale de l’Etat libre. Mais les mines d’or, le Randt, étaient situées entièrement sur le territoire de la République du Transvaal : cette circonstance allait donner une vitalité nouvelle à l’idée de la fédération.

Cecil Rhodes s’en fit le champion : il entendait la réaliser sous le drapeau anglais et sous la suprématie de la « old colony, » la colonie du Cap. Cette idée d’une fédération sud-africaine n’était pas étrangère aux chefs des Boers : le président Brandt, qui dirigea pendant de longues années la politique de l’Etat libre, voyait dans sa réalisation un point d’aboutissement naturel, et, devant la politique hésitante des hommes d’Etat anglais, il espérait que la fédération se ferait sous le drapeau républicain. La découverte des mines d’or assura au Transvaal, dont le trésor avait toujours été péniblement alimenté, d’importantes ressources. Ce qui n’avait paru qu’un rêve chimérique semblait maintenant réalisable. Le président Kruger, appuyé sur les Boers du Transvaal et de l’Etat libre, dont il ranima le nationalisme, tint tête à Cecil Rhodes, « l’Anglais au cœur africain, » qui avait su se concilier l’élément hollandais de la colonie du Cap. Le raid de Jameson, à la fin de 1895, qui échoua si piteusement, renforça le sentiment de race chez les citoyens des républiques, et le réveilla chez les Hollandais de la « old colony, » où il allait s’évanouissant. Il offrit aussi une aide sérieuse aux intrigues d’une nation étrangère qui, depuis plusieurs années déjà, avait des visées sur l’Afrique australe.