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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/807

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vivaient était dû à l’éloignement, aux difficultés des communications, possibles seulement à l’aide du lourd chariot attelé de douze ou quinze paires de bœufs, et plus encore à leur langage : le « taal, » résidu de la langue hollandaise dépouillée de ses caractères grammaticaux, réduite à un vocabulaire exigu, appelé à suffire seulement aux besoins de la vie rudimentaire de ces populations. Le « taal » avait élevé une barrière presque infranchissable entre les Boers et la civilisation. Ils avaient perdu le contact que la lecture eût pu maintenir entre eux et le monde extérieur. Dans ces sociétés retournées à la vie patriarcale, seul le sentiment religieux subsistait vivace, mais la doctrine calviniste transmise par les aînés s’était rétrécie et durcie à la fois : elle avait perdu le principe de vie. De la Bible, leur livre unique, les Boers ne connaissaient guère plus que l’Ancien Testament, dont les enseignemens convenaient davantage à leur vie rude de peuples pasteurs, toujours en lutte contre les sauvages, à qui ils disputaient les terres de leur choix. Chez ces populations, le sentiment national n’avait pas encore jeté de puissantes racines, mais elles avaient une hostilité irréductible contre l’intrusion de nouveaux venus.

La découverte des mines rompit leur isolement. Les gens du dehors firent une irruption soudaine et brutale sur le plateau. Le grand silence du veldt fut bientôt troublé par le halètement des locomotives, par le bruit monotone et assourdissant des nilons. Les chercheurs de fortune qui s’élancèrent vers l’intérieur n’avaient rien de commun avec les Boers, ni le caractère, ni les sentimens, ni la langue : le plus grand nombre étaient des individus d’origine anglaise venus des colonies du Cap et de Natal.

L’immigration anglaise dans l’Afrique australe est de date récente : elle n’a vraiment commencé qu’en 1826. Au Natal, l’élément anglais, depuis les débuts de la colonisation de cette partie de la côte, a prédominé. Mais, dans la colonie du Cap, la population de langue hollandaise a conservé la suprématie, et, de bonne heure, s’est annoncée la différence qui est allée s’accentuant après la découverte des mines entre elle et la population de langue anglaise : celle-ci, se groupant dans des centres urbains, la première demeurant fidèle au sol conquis par elle, à cette terre trop souvent aride, rebelle à la culture, mais qui demeure pour elle la Terre promise par Dieu aux