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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/767

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La férocité n’avait pas été mise en discussion.

La guerre a déjoué de suite toutes les prévisions, sur terre comme sur mer.

Sur terre, le rêve de l’Allemagne était le pillage de Paris à la fin d’août, et celui de Pétrograd deux mois plus tard. Sa préparation militaire, aussi merveilleuse que fut cynique son mépris des traités, ne la conduisit qu’au brusque arrêt de son attaque brusquée et au piétinement sur place le plus contraire à ses plans d’opération.

Dans la guerre navale, qui nous intéresse, l’erreur initiale allemande, vraiment digne de son K majuscule dans la qualification de « Kolossale, » fut la croyance obstinée, jusqu’au 5 août, que l’Angleterre bornerait son effort à de stériles protestations. Le désappointement dont le chancelier de l’Empire n’a point su retenir l’expression en porte témoignage.

L’Allemagne avait préparé la guerre navale contre la France. Sa flotte cuirassée, plus forte de moitié que la nôtre, devait nous bloquer dans nos ports. Elle avait, quinze années durant dédaigné le sous-marin, arme du faible, bon pour nous, inutile au maître des mers. Quand, en Europe, ses cuirassés furent bloqués, et, au loin, ses croiseurs voués à une destruction prochaine, il ne lui resta plus, pour faire encore figure de puissance navale au large de ses estuaires, qu’une trentaine de sous-marins, les uns passables, les autres assez bons, et une dizaine d’autres, un peu meilleurs, en construction, tant pour elle que pour l’Autriche. Elle avait, de plus, des chantiers capables d’en construire assez vite, à la condition de se résigner à les faire assez petits et de former le personnel a mesure. La chute fut lourde, succédant au rêve d’hégémonie. Rageusement, les sous-marins furent lancés en avant. Contre les escadres, qui enserrent dans leurs ports paquebots, cuirassés et croiseurs allemands, l’attaque du sous-marin est des plus légitimes ; c’est une attaque redoutable, comme l’a montré, le 23 septembre, la destruction de trois croiseurs anglais par le petit U-9. La mer est grande. Les navires de guerre y occupent peu de surface et s’y dérobent volontiers aux surprises. Ce qui s’y rencontre partout, ce sont les bâtimens de commerce, paquebots à vapeur, cargos de toute taille, simples chalutiers, tous rivés aux routes fixées par leur pacifique trafic. Pour garder à l’Allemagne une contenance devant le monde, en faisant souvent parler d’eux, les