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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/72

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leurs conclusions. Il semble que nous ne puissions pas, en France, nous adresser le reproche d’oublier les publications allemandes. Peut-être le reproche inverse serait-il plus fondé. Nous avons souvent montré des engouemens peu justifiés pour certaines méthodes d’outre-Rhin, consacrant par nos éloges des travaux de second ordre. Assurément, ces admirations au moins exagérées n’ont pas été aussi regrettables ni aussi dangereuses dans l’ordre proprement scientifique qu’en histoire et en philosophie, mais elles risquaient à la longue de nous faire perdre quelques-unes des traditions scientifiques auxquelles nous devons le plus tenir, et nous devrons réviser quelques-uns de nos jugemens, Ce sera la tâche de demain.


III

Demandons-nous maintenant s’il n’y aurait pas quelque différence entre la mentalité moyenne de l’homme de science en Allemagne et dans la plupart des autres pays. Une telle différence me paraît réelle, et est d’ordre philosophique. Quelle est, en général, toutes exceptions réservées, la position des savans, dans les pays latins et anglo-saxons par exemple, par rapport aux problèmes philosophiques, principalement parmi les savans adonnés aux sciences de la nature, physiciens, chimistes et biologistes ? On peut dire qu’ils s’en désintéressent en tant que savans ; en particulier, les discussions chères aux écoles philosophiques de tous les temps sur le réel et le vrai leur semblent oiseuses. Satisfait du sens commun, notre savant pose tout d’abord le postulat que le monde qui nous entoure est accessible à nos recherches et qu’il doit être intelligible pour nous. Il croit à la science à laquelle il consacre parfois sa vie, et il se méfie des critiques subtiles qui n’ont jamais conduit à des découvertes effectives ; il estime qu’il est sans intérêt de s’arrêter sur les inextricables difficultés que présentent les notions les plus simples et les plus usuelles quand on veut les approfondir et qui restent sans réponse, du moins sans réponses acceptées de tous. Claude Bernard disait, il y a longtemps, que, pour faire la science, il faut croire à la science ; c’est là, incontestablement, pour celui qui cherche à faire œuvre scientifique, un point de départ et non un point d’arrivée. Il existe aujourd’hui