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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/716

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et où M. Delcassé partit pour Saint-Pétersbourg, la France s’est efforcée de forger un cercle autour de l’Allemagne et de se préparer à la guerre contre elle. La France peut se vanter d’avoir plus que toute autre Puissance apporté du bois au bûcher qui incendie l’Europe à cette heure. La seule parole vraie qu’ait prononcée M. Poincaré est qu’un coup de tonnerre imprévu ébranla le monde en juillet dernier. Il n’est point nécessaire de répondre aux autres paroles du Président et à toutes ses phrases d’espérance. Ce sont les canons qui décideront. » Soit : les canons décideront ; c’est bien notre sentiment, comme celui de la presse allemande ; mais nous regrettons qu’elle sa soit tue sur ce que la Gazette de Cologne appelle les « phrases d’espérance » du discours de M. Poincaré. Combien le silence est significatif ! On ne veut pas que le peuple allemand sache la vérité. Au lieu du discours de M. Poincaré, on publie ceux de l’Empereur, qui annonce la victoire prochaine. On reproduit des propos de lui où il assure que la guerre finira avant l’hiver. On cache à l’Allemagne l’inébranlable fermeté de nos résolutions. On lui fait croire que nous sommes à bout de forces et que le fléchissement de notre volonté est proche, et c’est à quoi M. Poincaré a fait allusion lorsqu’il a parlé de « l’invasion sournoise des nouvelles perfides » qu’on répand à travers le monde. Mais la propagande allemande emploie encore d’autres procédés.

On ne se trompera guère si on lui attribue les récentes manifestations de pacifisme qui se sont produites dans ces derniers temps sur divers points du globe, car il y a encore des pacifistes partout et, consciemment ou inconsciemment, ils servent la cause allemande. Tous ceux d’hier n’ont pourtant pas gardé leurs illusions. M. d’Estournelles de Constant, par exemple, est revenu d’une grande partie des siennes et, surpris de n’être pas suivi dans sa conversion par M. Bryan, il lui a adressé une lettre où il met en cause, non seulement M. Bryan, mais aussi, dans une moindre mesure bien entendu, le gouvernement américain lui-même. M. Bryan estime qu’il importe peu en ce moment de savoir à qui incombe la responsabilité de la guerre ; il se préoccupe surtout de savoir comment on peut rétablir la paix et il estime qu’il faut pour cela que les nations belligérantes fassent connaître dès aujourd’hui les conditions dans lesquelles elles l’accepteraient. « Qui sait, dit-il, si la paix n’est pas possible dès maintenant, et non pas une trêve, mais une paix durable. Si les nations consentaient du moins à faire savoir pourquoi elles se battent, elles pourraient peut-être trouver un terrain d’entente. Les récriminations sur ce qui se passe à l’heure actuelle et le silence