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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/71

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L’histoire des sciences est singulièrement difficile à écrire ; on y rencontre beaucoup de fausses attributions et de silences parfois intentionnels. Il faut une grande sagacité et des recherches patientes pour retrouver les premières traces d’une idée appelée à un grand avenir. Une grande finesse d’esprit est nécessaire pour éviter deux écueils. Une constatation due à un pur hasard, inconsciente en quelque sorte, ne doit pas être mise sur le même rang qu’une découverte amenée par un heureux pressentiment, qu’on pourrait appeler le sens du vrai, et par des déductions bien liées. Un illustre physicien, mort il y a une vingtaine d’années, avait coutume de distinguer, à ce sujet, entre les trouvailles et les découvertes. Il importe en second lieu que les revêtemens donnés à tel ou tel chapitre de la science ne fassent pas oublier les vrais constructeurs, pour ne voir que celui qui a apporté à l’édifice les derniers achèvemens ; un nain placé sur la tête d’un géant peut apercevoir des horizons plus étendus, mais il a, à cela, peu de mérite.

On a quelquefois cherché à diminuer l’importance des admirables travaux de Berthelot sur les synthèses, parce qu’une ou deux synthèses organiques avaient été effectuées avant lui, dont celle de Wöhler sur l’urée en 1829 n’est pas douteuse. Mais la distance est immense entre un fait particulier qui ne se rattachait à aucune idée générale et les vues profondes du chimiste français, systématiquement poursuivies.

A l’opposé, le nom de Pasteur n’est pas cité dans certains cours de bactériologie, et les Allemands aiment à remplacer son nom par celui de Koch. Certes, celui-ci fut un chercheur patient et sagace, qui débuta brillamment par la découverte des spores de la bactéridie charbonneuse, et les bactériologistes lui doivent d’excellens outils de travail, comme la méthode des cultures sur milieux solides et de nouveaux procédés techniques de coloration, qui lui permirent de découvrir le bacille tuberculeux et le bacille virgule, cause du choléra asiatique. Mais, quelque intéressant que soit le rôle de Koch dans la bactériologie médicale, ses travaux ne sont venus qu’après ceux de Pasteur sur les fermentations, et il n’a pas été un initiateur.

Méfions-nous donc des renseignemens que nous donnent les Allemands sur l’histoire des sciences. Ils manquent trop de finesse pour lui apporter une contribution d’une indiscutable valeur, et leur orgueil prodigieux vicie d’avance une partie de