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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/70

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fondateur de la chimie moderne. Il en va autrement en Allemagne, où on cherche à diminuer son rôle. On insiste d’abord sur ce qu’il n’a pas découvert les principaux gaz de la chimie pneumatique ; ce à quoi il n’a jamais prétendu, quoiqu’un chimiste allemand, trop célèbre depuis quelques mois, affirme que, Priestley ayant fait part à Lavoisier de sa découverte de l’oxygène, le chimiste français publia alors un mémoire où il s’attribuait l’honneur de la découverte de ce gaz. L’édification de la théorie de la combustion est le grand titre de gloire de Lavoisier. Or, la théorie du phlogistique de Stahl, écrit-on, avait déjà résolu ce qu’il y avait d’essentiel, en montrant qu’il s’agissait de phénomènes généraux et réciproques, combustion et régénération ou oxydation et réduction ; elle avait offert, en outre, un excellent guide à des expérimentateurs comme Scheele et Priestley. En fait, ajoute-t-on, on passe de la théorie de Stahl à celle de Lavoisier par une simple transposition, et un peu plus on remarquerait, en employant le langage de l’algèbre et donnant le signe moins au phlogistique, qu’il est équivalent de retrancher une quantité négative ou d’ajouter une quantité positive. Outre le désir de diminuer un savant français, il y a dans ces vues un produit d’une mentalité philosophique très répandue chez nos voisins, dont nous parlerons tout à l’heure.

Nous avons dit plus haut que les travaux de Henri Sainte-Claire Deville sur la dissociation sont fondamentaux dans l’histoire de la physico-chimie ; ils offrent de nombreux exemples de ces équilibres réversibles qui jouent un si grand rôle dans la chimie actuelle. Aussi est-ce avec quelque étonnement que dans des œuvres de vulgarisation estimées on ne rencontre pas le nom de Deville. Il est souverainement injuste d’oublier le rôle des chimistes français dans la fondation de la chimie physique, que maintenant l’Allemagne s’efforce d’accaparer. Que d’idées nouvelles alors furent à ce sujet émises chez nous, depuis les temps déjà lointains (1839), où Gay-Lussac comparait le phénomène de la dissolution à celui de la formation des vapeurs, et où un chimiste français déclarait (1870) que la force osmotique est l’analogue de la force élastique des vapeurs. On sait que la découverte d’une membrane semi-perméable par un botaniste allemand permit plus tard au Hollandais Van’t-Hoff de faire ses expériences sur l’osmose.