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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/685

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Madeleine, il découvre parmi les drapeaux qu’apportent les exilés de tous pays « le grand drapeau de l’Allemagne, si noble, noir, rouge et or, le saint drapeau de Luther, Kant et Fichte, Schiller, Beethoven, et à côté le charmant tricolore vert de l’Italie… » Vingt-deux ans plus tard, il s’écrie : « Quelle émotion, que de vœux pour l’unité de ces peuples ! Dieu nous donne, disions-nous, de voir une grande et puissante Allemagne, une grande et puissante Italie ! Le concile européen reste incomplet, inharmonique, sujet aux fantaisies cruelles, aux guerres impies des rois, tant que ces hauts génies de peuples n’y siègent pas dans leur majesté, n’ajoutent pas un nouvel élément de sagesse et de paix au fraternel équilibre du monde. » Et voilà Michelet, le même historien qui a flétri le renversement des alliances et qui, sur le système politique de 1756, concluait : « Dès lors, l’Autriche aura l’Allemagne : » ce même historien Michelet a souhaité de voir une « grande et puissante Allemagne ; » il l’a vue ! Mais il comptait sur la grande et puissante Allemagne pour assurer la paix et la sagesse du monde : c’est ce qu’il n’a pas vu.

L’immense erreur, d’année en année, se développe et devient, à la veille de Sadowa, triomphale. « La France est logiquement avec la Prusse, » écrit Emile de Girardin dans la Presse. Peyrat, dans l’Avenir national, devine que la Prusse veut se donner « plus d’homogénéité, » la Confédération germanique plus de force. Il ajoute : « C’est la politique de M. de Bismarck ; » et, l’opinion de M. de Bismarck, il l’approuve. Guéroult, dans l’Opinion nationale, est enchanté. La Liberté célèbre « la prédominance d’une Prusse protestante en Europe. » Le Siècle déclare : « L’unité de l’Allemagne, comme l’unité de l’Italie, c’est le triomphe de la Révolution… » (de la Révolution chérie…) Et : « Qu’on le sache bien, être pour la Prusse, c’est vouloir le triomphe de la plus juste des causes ; c’est rester fidèle au drapeau de la démocratie ! « 

On le voit, la politique se mêle de la diplomatie et de la guerre. Elle est dedans ; elle y est en plein. Richelieu, lui, ne barguignait point à faire cause commune avec les princes protestans d’Allemagne pour empêcher l’unité allemande ; les démocrates et penseurs de 1866 voient d’un bon œil l’unité allemande, qui est un succès pour leurs opinions et qui sera, pour la France, un désastre. Puis un élément nouveau s’introduit dans l’arrangement des affaires européennes, un élément de générosité. « Honte, mille fois honte à l’impertinent et lâche système qui veut proclamer l’égoïsme politique de la France ! » s’est écrié Armand Carrel. On se passionne pour “la