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Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 28.djvu/681

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Ses agens, à la Diète de Ratisbonne, ont reçu l’ordre de tenir sous main les affaires d’Allemagne en aussi grande difficulté qu’il se pourra. Ils font échec à l’Empereur. Richelieu, prince de l’Église, eut à secourir la ligue protestante en Allemagne ; en outre, il associa aux princes protestans de l’Empire les princes catholiques et, avec son P. Joseph, manœuvra si bien que le roi de France apparut comme le protecteur des « libertés germaniques. » Or, les libertés germaniques maintenues, c’est l’unité allemande impossible ; et c’est la liberté de l’Europe assurée.

Signés six ans après la mort de Richelieu, les traités de Westphalie consacrent la pensée de ce grand homme. L’Allemagne s’en montra fort satisfaite. La France leur dut de n’avoir à souffrir aucune invasion jusqu’en 1792 ; l’Europe leur dut une nouvelle « paix romaine, » la seule paix possible en Europe, celle qui a pour condition l’éparpillement de la Germanie, celle qu’on attend désormais. Proudhon, dans sa brochure Si les traités de 1815 ont cessé d’exister, dit : « Tant qu’il y aura pluralité de puissances plus ou moins équilibrées, le traité de Westphahe existera. Il n’y aurait qu’un moyen de l’effacer du droit public de l’Europe, ce serait de faire que l’Europe redevînt un empire unique. Charles-Quint et Napoléon y ont échoué : il est permis de dire, d’après ce double insuccès, que l’unité et la concentration politique, élevées à ce degré, sont contraires à la destinée des nations. Le traité de Westphalie, expression supérieure de la justice identifiée avec la force des choses, existe à jamais. »

Et M. Jacques Bainville : « Nous allons voir comment le peuple français, après avoir réussi, avec ses guides héréditaires et ses grands politiques, à assurer son repos et sa grandeur, a travaillé de ses propres mains à détruire ce qu’il avait fait et comment il a ramené dans le monde l’âge de fer et la barbarie en croyant régénérer le genre humain. » Quelle aventure de tragique absurdité !

Le 18 janvier 1701, Frédéric, électeur de Brandebourg, à Kœnigsberg se couronne roi. L’on put n’attacher guère d’importance alors à cet événement : ces marquis de Brandebourg étaient de médiocres seigneurs, très gueux, habitant loin. Cependant, le Prussien préludait à ses amples destinées. C’est une chose remarquable que Louis XIV en ait eu comme le pressentiment. Jusqu’à la paix d’Utrecht, durant douze années, il refusa de reconnaître la royauté que l’électeur de Brandebourg improvisait. Clément XI pareillement. « S’il n’avait tenu qu’à Rome et à la France, aux deux plus hautes autorités de la civilisalion européenne, la puissance prussienne eût été étouffée au